Ce livre (édition actualisée en 2003 de la version originale de 1980) est un classique très connu dans le monde anglo-saxon, faisant par ailleurs l'objet d'une traduction en français (étonnant !) Le plan et le style sont un peu laborieux, mais enfin c'est compréhensible, et bien plus intéressant que les élucubrations des philosophes analytiques à mon avis. Lakoff et Johnson s'attachent à démolir le mythe de l'objectivisme encore très présent chez beaucoup de nos penseurs (le monde serait constitué d'objets ayant une existence et des propriétés en soi, indépendamment de l'observateur, il existerait une réalité objective, les mots auraient un sens fixe, les métaphores ne correspondraient pas à la réalité et seraient suspectes, ainsi que la subjectivité et les émotions, etc), mais aussi du subjectivisme (il n'existerait pas de réalité extérieure en soi, seuls compteraient l'esthétique, les émotions, l'imagination, etc) : ils adoptent une position médiane, convaincus que la conception que nous avons du monde ne peut être "désincarnée" (disembodied).
L'étude de la nature des métaphores est intéressante et conduit à se poser des questions de base auxquelles on n'avait peut-être pas songé jusque là, et à se libérer enfin un peu de la pensée aristotélicienne qui a gouverné l'Occident pendant plus de 2000 ans. Les (30) chapitres sont courts, on retrouve facilement un sujet via la table des matières. C'est parfois un peu répétitif et il manque peut-être une synthèse. Attention, il y a deux listes de références, avant et après l'"afterword" de 2003, qui fait 31 pages et n'est pas à négliger (il montre l'évolution de la pensée des auteurs).
Bref, c'est un peu "brut", pas assez travaillé ni complet, mais c'est une référence indispensable dans le domaine. Et cela peut intéresser même des non-spécialistes (linguistes ou philosophes). Il faut lire ce livre pour s'élargir l'esprit.