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25 internautes sur 25 ont trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Perles méconnues du cinéma japonais, 29 juillet 2006
Ce coffret de la bien nommée collection des Introuvables nous offre trois aspects du talent de Tomu Uchida (1898-1970), cinéaste resté sous nos latitudes dans l'ombre des grands maîtres de sa génération.
Le mont Fuji et la lance ensanglantée (1955) rappelle immanquablement Stagecoach de John Ford. A la place de la caravane de western, nous avons ici un ensemble de figures du peuple japonais (la chanteuse au shamisen, le petit orphelin, les bourgeois, le bandit de grand chemin, le père qui va vendre sa fille et celui qui va la racheter, le samuraï), qui, au fil de leur trajet commun vers Edo, vont petit à petit former une communauté. Le film est remarquable pour son alternance très réussie de scènes dramatiques et de petites comédies de la vie quotidienne (là aussi, on pense à Ford) et pour sa terrible critique du système de classes (l'admirable cérémonie de thé des seigneurs qui interrompt la circulation sur la grand route, les figures apeurées des trois pieds nickelés bourgeois). Ce n'est pas un hasard si c'est un manquement aux règles qui régissent les relations entre classes qui précipitera le dénouement. Une petite perle.
Meurtre à Yoshiwara (1960) nous dresse le portrait d'un riche commerçant qu'aucune femme ne veut épouser à cause d'une horrible tâche qu'il a sur le visage, jusqu'à ce qu'une femme intéressée l'accepte. Ce film est moins convainquant, le héros étant assez pâlot, quoique paré de toutes les vertus et, surtout, la femme qui l'accule à la ruine n'ayant pas le mélange de vulgarité et de sensualité requis pour le rôle. En revanche, les tenanciers de la maison de plaisirs sont très bien et les deux meurtres (celui du mac, dans une admirable scène nocturne et fluviale, et de la prostituée, en plein jour et aux yeux de tous) remarquablement mis en scène.
Le détroit de la faim (1964) est tout simplement le plus grand film policier japonais que j'aie vu. Une fresque de 3 heures sur une décennie de traque d'un criminel échappé à la police et ayant refait sa vie en toute sûreté, pense-t-il. Mise en scène admirable qui rappelle fortement les grands films policiers et moraux de Kurosawa (les salauds dorment en paix ou Entre le ciel et l'enfer notamment). Uchida alterne admirablement l'épique voire le dantesque (admirable reconstitution du typhon et du chaos qu'il engendre entre Hokkaïdo et Honshu) avec la miniature et le huis clos (les très impressionnants interrogatoires de la fin). L'interprétation est de premier ordre.
Ne passez pas à côté de ses rares pellicules!
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1 internaute sur 1 a trouvé ce commentaire utile :
5.0 étoiles sur 5
Le grand maître oublié du cinéma japonais, 13 janvier 2009
Les 3 films présentés dans ce coffret sont tous excellents ; il est même difficile d'avoir une préférence ! "Le Mont Fuji et la lance ensanglantée" présente un samouraï et ses serviteurs sur la route à pieds : ils s'arrêtent d'auberges en auberges, le maître ne doit pas boire car il a l'alcool mauvais alors que c'est un homme juste et bon quand il est sobre. On sent que le réalisateur veut amener le film sur un contexte social, ce qu'il réussit très bien et de manière très réaliste. La hiérarchie, dans ce Japon archaïque, régit le quotidien des gens, et des petites gens. Cependant, le film se termine sur une bouffée de violence incroyable que le périple pépère ne laissait pas supposer. Film puissant.
"Meurtre à Yoshiwara" est un film cruel : un homme qui a le visage marqué par une tache de naissance est refusé par toutes les femmes à cause de sa laideur. Assez aisé (il tient une grosse entreprise de filature et a de nombreux sous-traitants qui ont énormément de respect pour lui), il envisage de financer l'accession d'une prostituée au rang de courtisane (toujours les classes sociales) afin de pouvoir l'épouser puisqu'il la croit éprise de lui. Le couple qui tient la maison close veut lui prendre tout son argent, le "saigner à blanc" . Notre héros finira ruiné, déchu, sera la risée de tout le quartier. Comme le premier film du coffret, le héros pète un plomb dans les dernières minutes, et le métrage se finit sur une flambée de violence. Tout est parfait dans ce film : rythme, interprétation, décor. Du grand art.
"Le Détroit de la faim" est très long (2H55) mais n'est jamais ennuyeux. Il narre un fait divers après la guerre (3 malfrats incendient une boutique après en avoir volé la caisse, s'enfuient, et pendant une tempête et un naufrage, le plus fort d'entre eux en profite pour tuer ses deux acolytes et garde l'argent) qui sera élucidé par la police quelques dix années plus tard, par l'intervention de l'amour, du hasard, de la peur et de la folie des hommes. L'enquête est minutieuse, et l'acteur qui interprète le malfrat est fabuleux.
On dit d'Uchida que c'est un peu le réalisateur oublié parmi les maîtres du cinéma japonais : le visionnage de ce coffret devrait le réhabiliter, car Mizoguchi, Ozu et Kurosawa ne sont pas loin. Uchida maîtrise totalement ses sujets, et ses films sont des oeuvres abouties. Et comme d'habitude chez WILD SIDE, le coffret est un bel objet avec des bonus exclusifs (notamment un entretien de 50 minutes avec le fils d'Uchida très intéressant).
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