Les 3 films présentés dans ce coffret sont tous excellents ; il est même difficile d'avoir une préférence ! "Le Mont Fuji et la lance ensanglantée" présente un samouraï et ses serviteurs sur la route à pieds : ils s'arrêtent d'auberges en auberges, le maître ne doit pas boire car il a l'alcool mauvais alors que c'est un homme juste et bon quand il est sobre. On sent que le réalisateur veut amener le film sur un contexte social, ce qu'il réussit très bien et de manière très réaliste. La hiérarchie, dans ce Japon archaïque, régit le quotidien des gens, et des petites gens. Cependant, le film se termine sur une bouffée de violence incroyable que le périple pépère ne laissait pas supposer. Film puissant.
"Meurtre à Yoshiwara" est un film cruel : un homme qui a le visage marqué par une tache de naissance est refusé par toutes les femmes à cause de sa laideur. Assez aisé (il tient une grosse entreprise de filature et a de nombreux sous-traitants qui ont énormément de respect pour lui), il envisage de financer l'accession d'une prostituée au rang de courtisane (toujours les classes sociales) afin de pouvoir l'épouser puisqu'il la croit éprise de lui. Le couple qui tient la maison close veut lui prendre tout son argent, le "saigner à blanc" . Notre héros finira ruiné, déchu, sera la risée de tout le quartier. Comme le premier film du coffret, le héros pète un plomb dans les dernières minutes, et le métrage se finit sur une flambée de violence. Tout est parfait dans ce film : rythme, interprétation, décor. Du grand art.
"Le Détroit de la faim" est très long (2H55) mais n'est jamais ennuyeux. Il narre un fait divers après la guerre (3 malfrats incendient une boutique après en avoir volé la caisse, s'enfuient, et pendant une tempête et un naufrage, le plus fort d'entre eux en profite pour tuer ses deux acolytes et garde l'argent) qui sera élucidé par la police quelques dix années plus tard, par l'intervention de l'amour, du hasard, de la peur et de la folie des hommes. L'enquête est minutieuse, et l'acteur qui interprète le malfrat est fabuleux.
On dit d'Uchida que c'est un peu le réalisateur oublié parmi les maîtres du cinéma japonais : le visionnage de ce coffret devrait le réhabiliter, car Mizoguchi, Ozu et Kurosawa ne sont pas loin. Uchida maîtrise totalement ses sujets, et ses films sont des oeuvres abouties. Et comme d'habitude chez WILD SIDE, le coffret est un bel objet avec des bonus exclusifs (notamment un entretien de 50 minutes avec le fils d'Uchida très intéressant).