Certains auteurs de polars se signalent par la qualité de leur style, d'autres par l'habileté de leurs intrigues. Daeninckx, lui, dès ses débuts, s'est singularisé par le choix de ses sujets. Des sujets lourds, graves, douloureux, qui revisitent volontiers les pages les plus sombres de l'Histoire de France. Un quart de siècle après sa parution, ce livre couronné par le Grand Prix de Littérature Policière 1984 reste à mon avis son oeuvre la plus forte et la plus aboutie.
Le roman débute à Paris, le soir du 17 octobre 1961. En marge d'une manif tragique du FLN, un prof d'histoire, Roger Thiraud, est assassiné. Une mort qui ne passionne pas grand monde et s'en va vite rejoindre les affaires non élucidées. Mais voilà que 21 ans plus tard, à Toulouse, Bernard Thiraud, fils du précédent, est assassiné à son tour! Seulement, cette fois, l'inspecteur Cadin est dans les parages. Or l'inspecteur Cadin ne croit pas aux coïncidences. Et il a positivement horreur des affaires non élucidées. N'écoutant que sa conscience professionnelle, il se met donc à remuer le passé pour comprendre le présent...
Plaisant dans sa forme, courageux dans son propos, ce livre dépasse de loin le cadre du simple divertissement. C'est une oeuvre militante au meilleur sens du terme, l'oeuvre d'un romancier-citoyen qui regarde l'Histoire de son pays les yeux dans les yeux, même quand elle n'est pas brillante. C'est une oeuvre vertueuse, car elle mène un combat noble et utile, celui qui oppose la mémoire à l'oubli et la vérité au mensonge. Polar ou pas, ce livre mérite d'être lu. Et médité.