Avec son visuel d'insecte mutant (pattes velues, mandibules crochues) et ses sonorités vénéneuses, le troisième album des laborantins de Bristol fascine et fait flipper. ''Mezzanine'' marque un tournant plus rock dans la carrière d'un groupe qu'on découvre également amateur de musiques blanches : l'obscurité de la new-wave et l'immatérialité ambiante étant les deux éléments principaux qui viennent s'ajouter à la base dub/trip-hop habituelle, ainsi que quelques guitares plombées. Assurément le disque le plus impressionniste de Massive Attack, ce recueil de dix titres et un remix fait alterner ambiances oppressantes et plages de béatitude avec toujours cette même science éprouvée de l'alchimie qui constitue la griffe de 3-D, Daddy G et Mushroom. D'autre part, après Tracey Thorn (Everything But The Girl) et Nicolette sur le deuxième album, c'est ici au tour de Liz Fraser (Cocteau Twins) et Sara Jay de poser leurs voix ensorceleuses sur les charbons ardents de Massive Attack. Le fidèle Horace Andy est quant à lui encore du voyage, notamment sur une reprise de John Holt ponctuée d'un sample de Cure (!). Pas à dire, rien ne les arrête !
--José Guerreiro
Beaucoup plus sombre que ses prédécesseurs
Blue Lines et
Protection,
Mezzanine marque le grand retour de l’influence du rock dans la musique électronique. Etiqueté à tort ou à raison pionniers du trip-hop, Massive Attack poursuit dans
Mezzanine le travail de dynamitage du genre entamé par Tricky avec
Pre-Millenium Tension (1996). Ce changement de cap témoigne aussi de l’évolution des rapports de force au sein du groupe : la personnalité de 3D et son goût pour le punk et la new wave s’imposent ainsi progressivement aux dépens de Mushroom, à qui l’on doit la coloration hip-hop et soul des précédents albums. Ce dernier finira d’ailleurs par quitter Massive Attack un an après la sortie de
Mezzanine.
Le fidèle Horace Andy assure une nouvelle fois une partie du chant : pour le morceau d’ouverture de l’album,
« Angel », il reprend l’un de ses vieux succès
« You Are My Angel », publié initialement en 1973 sur le label Trojan. La version de Massive Attack n’a pourtant plus grand-chose à voir avec la légèreté de l’original. Avec sa ligne de basse lancinante,
« Angel » donne dès les premières secondes le ton de
Mezzanine : le son est lourd, oppressant, plus brut qu’auparavant. La tension augmente progressivement jusqu’au climax, une déflagration brutale de guitare électrique, instrument jusqu’ici très peu utilisé par Massive Attack. Ces nouveaux éléments stylistiques se greffent harmonieusement au son du groupe :
« Risingson » réalise ainsi un grand écart inédit entre dub et rock, porté par la voix inquiète d’un 3D omniprésent. Si le timbre mélancolique de Tracey Thorn était à l’honneur sur
Protection, c’est Elizabeth Fraser, la chanteuse du groupe écossais Cocteau Twins, qui est l’invitée de ce troisième album. Sa voix illumine
« Teardrop » et
« Black Milk », chefs d’œuvre à la beauté glaçante, et l’envoutant
« Group Four ».
« Inertia Creeps » et
« Dissolved Girl », dont l’intensité et la puissance impressionnent, complètent un album dont l’écoute s’apparente à une plongée en apnée.
Mezzanine marque la fin d’une ère pour Massive Attack, et anticipe à plusieurs égards le passage aux années 2000 : le son devient plus brut, le rock revient sur le devant de la scène et l’influence des années 80, déconsidérées pendant les années 1990, se fait de plus en plus prégnante.
Thomas Henry - Copyright 2012 Music Story