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Ce coffret consacré à Michel Plasson et à l'orchestre du Capitole de Toulouse était vraiment une excellente idée. Trente-sept disques de musique française orchestrale rappellent la richesse du répertoire français, des œuvres les plus célèbres (la symphonie fantastique, l'apprenti sorcier) à celles qui le sont beaucoup moins, comme les symphonies D'albéric Magnard ou de Joseph Guy Ropartz ; du 19e siècle (Gounod, Bizet, Franck) à nos jours (Sauguet, Duruflé, Dutilleux). Comme certains l'ont déjà dit, on peut regretter et s'étonner de l'absence de Poulenc. Mais on trouve Debussy, Ravel, Satie, Roussel, etc. Les enregistrements sont généralement récents et excellents, avec un son d'une grande clarté et de beaux contrastes. J'avoue un coup de cœur particulier pour les Concertos pour piano de Maurice Ravel par François René Duchable, enregistrés en 1995, d'une brillance et d'un dynamisme qui égalent ou même surpassent les interprétations de Samson François ou Martha Argerich (Prokofiev - Concerto pour piano n°3 / Ravel - Concerto en sol) ! Le coffret en lui-même affiche une grande simplicité, à laquelle EMI nous a habitué (voir les intégrales Samson François Intégrale De Ses Enregistrements ou Aldo Ciccolini : Enregistrements EMI 1950-1991 (Coffret 56 CD)) : un boitier en carton noir, avec un liseré orange (seule fantaisie), un livret assez minimaliste qui se contente de présenter le détail des pistes pour chaque disque, ainsi qu'une brève présentation du chef d'orchestre, et chaque disque rangé dans une pochette en papier blanc, avec une fenêtre circulaire sur la face supérieure. Mais qui diable chez EMI a eu l'étrange et mauvaise idée de cacheter les pochettes ! Ce défaut de conception vaudrait presque une étoile en moins, si le contenu ne rachetait pas largement le contenant. A quand un autre coffret Michel Plasson consacré à la musique étrangère ?
Comme le dit Michel Plasson dans la notice qui accompagne le coffret, la musique française est nécessaire à notre époque, «car à l''instar de nos Impressionnistes, c''est la musique du bonheur». On ne saurait mieux dire. De Berlioz jusqu'à Francis Poulenc (orchestrateur de la 3ème Gnossienne d''Erik Satie), la filiation des grands musiciens semble ininterrompue. Tout change avec les générations suivantes: le bavardage avant-gardiste d''Henri Dutilleux (né en 1916) pâtit terriblement à mon humble avis du rapprochement avec ses illustres prédécesseurs.
La collection d''œuvres amoureusement rassemblée par Michel Plasson et l'orchestre du Capitole de Toulouse témoigne de l''incroyable diversité de leurs créateurs. Il n''y a aucune Ecole française de composition, mais seulement des personnalités créatrices farouchement individualistes. Suivant peut-être l'exemple d''Hector Berlioz, ces musiciens ont poussé leur tranquille audace jusqu'au complet mépris des règles académiques en vigueur. Un comble pour des Professeurs du Conservatoire (Gounod, Franck, Fauré, Dukas, Ropartz, Roussel, Duruflé) !
Le monde musical doit être également reconnaissant à Plasson pour la redécouverte du génial symphoniste que fut Albéric Magnard (1865-1914), seul auteur de sa génération peut-être à souffrir la comparaison avec Carl Nielsen ou Jean Sibelius. Saturée de chromatisme jusqu''à la suffocation mais soumise à une organisation rigoureuse, la musique de Magnard incarne le classicisme intemporel et le stoïcisme implacable des disciples de Beethoven, comme Brahms. Seul le grand chef suisse Ernest Ansermet avait auparavant placé ces œuvres au programme de ses concerts. Son interprétation inoubliable de la troisième symphonie, enregistrée en concert, forme l'un des plus grands témoignages sur l''art magistral d''Albéric Magnard, l''humble architecte de ces vaisseaux de haut bord taillés pour l'éternité.
Outre Magnard, c'est à la curiosité insatiable de Michel Plasson qu'on doit l''exhumation d''autres partitions injustement oubliées : les deux symphonies de Gounod (la 1ère en Ré Majeur aurait inspiré ce chef-d'œuvre du jeune Bizet, la fringante Symphonie en Ut), la 3ème symphonie de Ropartz (1865-1955), les Evocations d''Albert Roussel (1869-1937), les cantates de Ravel pour le Prix de Rome (Alyssa) ou encore les Forains de Sauguet (1901-1989). S''étant entouré de grands chanteurs (Gedda, Van Dam, Hendricks, Stutzmann, Véronique Gens, Villazon etc.), la réalisation est toujours de grande classe. Les prises de son, en revanche, souvent décentrées et imprécises ne semblent pas toujours répondre aux mêmes standards de qualité et d''extrême professionnalisme. Les textes accompagnant les œuvres vocales ne sont hélas pas fournis. Internet y pourvoira pour les plus acharnés (Ropartz, Chabrier).
Ce serait intéressant d'avoir le détail des CD qui composent ce coffret avant d'avoir envie de l'acheter! Même si la plupart des disques ont déjà paru antérieurement en albums séparés et valent effectivement une réédition, comme les symphonies de Magnard citées dans le commentaire "éditeur" et devenues difficiles à trouver, on aimerait plus de renseignements sur le programme...