De la gravité dans un écrin de légèreté pour ce premier album dans lequel Grand Corps Malade pose des mots lourds avec la sensibilité d’un être qui a frôlé le pire.
L’album est un panel de courts-métrages de la vie du slammeur condensée en une journée où le point de bascule est midi vingt, heure où sa vie prend le chemin de l’écriture suite à son accident. Il impose un style d’écriture assez personnel qui réussit à mêler l’argot, le verlan et le langage soutenu, et tire les leçons de vie de son parcours. Parfois acteur, parfois spectateur du monde qui l’entoure, il décrit son amour du slam, son vécu, son handicap et son optimisme par des mots simples mais justes qui parlent à l’auditeur de par leur sincérité. Quasi hypnotique, la voix profonde et pénétrante de Grand Corps Malade impose l’écoute et entraîne dans les différents voyages narrés. Voyage à travers les sentiments dans
« Rencontres » où l’amitié, la nostalgie, la poésie, l’innocence, le sport puis l’amour sont personnifiés tels des êtres croisés sur sa route et qui y ont laissé des traces. Voyage dans sa ville,
« Saint-Denis », vivante et multicolore, où les yeux de l’étranger ne voient que le noir et blanc d’une banlieue. Car malgré la difficulté de vivre des habitants de cité retracée dans
« Vu de ma fenêtre », il reste un « éternel optimiste ». Dans
« Les Voyages en train », tube slam de l'année, comparant la vie à un quai de gare et l’amour à un train qu’on prend ou que l’on rate, il décrit la rencontre amoureuse, les passions, la routine ou les échecs sentimentaux qui peuvent en découler. Avec pudeur mais sincérité, Grand Corps Malade évoque son accident dans
« 6ème sens » et
« Midi 20 » lorsqu’ à 11h08 sa vie bascule, témoignant du ressenti des personnes handicapées, dans un « équilibre fragile », parfois à la croisée d’un « monde parallèle ». Sa béquille et son stylo deviennent alors ses nouveaux compagnons de route et Fabien devient celui qu’on connaît à midi vingt. Faisant le parallèle avec les chercheurs d’or, il décortique avec
« Chercheur de phases » son travail d’écriture, rend hommage à sa passion dans
« Toucher l’instant », et excelle dans l’art de slammer dans
« Attentat verbal » et
« Ma tête, mon cœur… », petite touche comique de l’album enregistrée en
live. Toutefois, il y a un bémol. Car même si on comprend que la musique composée par S Petit Nico soit volontairement restée assez épurée pour ne pas noyer les textes dans des fioritures inutiles et qu’elle ait permis au grand public de découvrir le slam de Grand Corps Malade, elle a quelque chose de superfétatoire. Minimaliste et légère, elle ne vient pas rehausser le ton parfois monocorde de l’orateur. Néanmoins la qualité d’ensemble de l’album vaut bien une certaine indulgence vis-à-vis de ce qu’il faut considérer comme une expérience nouvelle. Après tout, il n’est « que » Midi 20. Les belles heures de Grand Corps Malade sont devant lui.
Nadia Hammami - Copyright 2013 Music Story