Un bricoleur de génie ... difficile d'éviter le cliché en parlant de Beck tant il a été utilisé. A juste titre pour ses premiers disques, et de moins en moins par la suite, où il sera de moins en moins question de bricolage et encore moins de génie ...
« Midnite vultures », paru dans les derniers jours de 1999, est un peu à la croisée des chemins. D'abord au niveau de l'inspiration générale de l'album, très influencé par la musique noire de danse. « Midnite vultures » est un album dominé par une coloration très disco-funky. Avec toujours dans les titres, une constante chez Beck, des intermèdes, des arrangements, des petits détails sonores, qui font s'entrechoquer les genres musicaux, avec une nette prédisposition pour tout ce qui touche à la country parmi ces digressions, parfois étranges, souvent inattendues dans le contexte, mais qui s'intègrent généralement bien au morceau.
Donc du disco, il y en a dans l'irrésistible titre d'ouverture « Sexx laws », tuerie dance-floor très typée fin 70's. Egalement dans « Nicotine & gravy », tout d'abord entre Chic et le Bowie de « Fashion », avant que le titre parte dans tous les sens, notamment dans une coloration très arabisante. « Mixed bizness » semble tout droit sorti d'un album de Prince des 90's. Ces trois premiers titres tous excellents pourraient laisser augurer d'un grand cru beckien, mais las, la suite ne vient pas confirmer.
On rebondit donc entre machins rap à la Jay-Z (« Hollywood freaks »), imitations sans saveur de P-Funk (« Milk & honey ») sans le groove de la bande à George Clinton, un délire technoïde entre Kraftwerk, Orbital, et le n'importe quoi (« Get real paid »), avec le n'importe quoi qui domine, une mignonne mais fade ballade blanche (« Beautiful way ») ici quelque peu hors-sujet.
Seul vers la fin « Pressure zone » retrouve la dynamique et le groove irrésistible des titres du début, quelque peu perdu au milieu de morceaux quelconques. A noter une sorte de fixation de Beck pour le Prince des 90's, imité sur plusieurs titres. En plus de « Mixed bizness », il y a « Peaches & cream « (rien que le titre ...) et le « Debra » final qui auraient pu se retrouver tels quels dans un Cd du nain de Minneapolis. A la limite du plagiat (jusque dans la voix de fausset), ils ont la mauvaise idée de citer une décennie qui est loin d'être la meilleure de Prince.
On a bien souvent avec ce Cd l'impression que Beck fait exactement ce qu'on attend de lui, et que ce qui passait à ses débuts pour de l'improvisation géniale devient ici aussi précis qu'une formule mathématique... le calcul à la place du feeling ...
Remarque : Même si Beck ne révèlera que quelques années après ce disque son appartenance à la secte des Scientologues, il convient pour cela de se poser quelques questions avant d'investir dans ses Cds ...