Le seul problème avec un compositeur (ou un interprète) russe, ce sont les différentes transcriptions orthographiques de son nom, et à cet égard Amazon peut faire très fort (Guilels ou Gilels, de Scriabine à... Skrjabin (oui, je le jure!), Chosta ou Shostakovich, de Tanaïev à Taneyev, de Tischenko à Tishchenko, de Weinberg à notamment Vainberg... mais il est vrai que sans aller jusqu'aux russes, j'ai même rencontré Franz Lizst ou même Listz, hihi). Pas facile, faute de disposer toujours à la saisie informatique d'un vrai tigre mélomane francophone dans son moteur de recherche!
Donc, blague à part, oui, je confirme moi aussi que ce grand ensemble des quatuors de Weinberg (retenons cette orthographe à l'allemande) est au sommet, ici magnifiquement servi par les Danel. Et l'intérêt de ce premier volume est justement déjà de bien en montrer le parcours avec le presque dernier quatuor, d'une inspiration si profonde (et, en un sens, si funèbre, si désolée, comme le sixième de Bartok) mais aussi avec le quatrième, qui nous rappelle encore combien ce compositeur fut ami (et admiratif) de Chosta : le Moderato assai, par exemple, est quasiment à s'y méprendre dans son inspiration disons sarcastico-motorico-grinçante.
Notons que, dans la terrible nuit stalinienne, Weinberg fut évidemment lui aussi brimé et menacé par le seul fait de sa judéité, et fut même une fois quasiment sorti de prison sur intervention de Chostakovich (auprès du monstrueux Beria, patron du KGB!!!), qui pourtant lui-même n'a jamais été tout à fait à l'abri du pire selon le moment (anecdote rappelée par l'excellent et très complet - c'est devenu rarissime - livret de ce CD, pour une fois traduit en français d'ailleurs. L'antisémitisme, on le sait, fut une constante de la terreur soviétique, ce qui fait par exemple que Chosta lui-même dut renoncer à chaque fois à faire créer ses quatuors par ses amis de la formation originelle du quatuor Borodine (des juifs!), remplacés par le (heureusement excellent, lui aussi), quatuor Beethoven.
(L'intelligentsia moscovite dormait alors sa petite valise sous le lit, on ne savait qui sous la terreur stalinienne allait être emmené au petit matin n'importe quand, pour personne ne savait quoi sinon rien, sans autre destin de revoyure. Rostislav Dubinsky, le premier des premiers violons du quatuor Borodine, a raconté ça dans ses passionnantes mémoires. Un jour, c'est tout l'immeuble où vivait Chosta... sauf lui. Il se doutait que son tour allait arriver... et c'est arrivé. Il est convoqué au KGB, le genre de truc qui finissait par une balle dans la nuque (d'autant que Chosta avait été trop ami avec le maréchal Toukhatchevski (heureusement qu'il n'a rien composé, je me demande comment on l'aurait écrit dans le moteur de recherche Amazon, hihi), fusillé comme traître dans le grand programme de Staline pour purger l'armée de tous ses rivaux car anciens chefs compétents... et on connaît la cata qui en suivi lors de l'invation hitlérienne, mais passons). Il y va donc, notre Chosta, et, incroyable, après qu'il eut poireauté pour rien, on lui dit de rentrer chez lui, qu'on le reconvoquera, ce qui ne fut jamais le cas. L'explication vint plus tard : le colonel du KBG qui l'attendait... avait juste été écrémé lui-même jusqu'à ce que crâne perforé s'ensuive, juste avant de le recevoir. Moralité soviétique : je te tiens, ils me tiennent par la barbichette (de Trotsky). Comment dit-on bisque bisque rage, en russe?)
Bon. Amateurs de quatuors russes ou de par là, il n'y a donc pas que Chostakovich. Weinberg est aussi génial. Mais il y a aussi d'autres grands massifs méconnus, même si parfois plus néoclassiques, de Taneyev (intégrale par le quatuor du même nom, réédition Northern Flowers) à Myakovsky (là encore intégrale par les Taneyev, sur Russian Disc), en passant par le très fascinant Tischenko ou Tishchenko (coffret 3 CD, toujours par les Taneyev! ou partiellement 2 CD Olympia par les Glazunov), sans oublier justement Glazunov ou Glazounov (intégrale devenue presque toute indispo sur Olympia par les Shostakovich, scandale de ne pas disposer de l'intégrale de la formation éponyme, le quatuor Glazunov), ni Basner, Tchaikovsky (Boris, pas l'autre) ou encore Salmanov.
Bref, essayer de farfouiller sur les différents sites Amazon, en jonglant avec des labels comme Russian Disc, Olympia et autres labels de rééditions éco, style Regis ou même Alto (label où se retrouve maintenant pour le prix d'un seul CD l'ancienne intégrale Chosta par les Shostakovich sur Olympia). Guetter aussi le coffret disparu de tout Chosta par les Taneyev, dont il y eut des bribes jusque sur Praga, voire Chant du Monde.
Signé Gilles-Danielovich Aspirinovich?