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8 internautes sur 9 ont trouvé ce commentaire utile
5.0 étoiles sur 5
Noir lumière,
Par LD (Paris, France) - Voir tous mes commentaires (TOP 10 COMMENTATEURS) (COMMENTATEUR DU HALL DHONNEUR)
Ce commentaire fait référence à cette édition : Mike leigh : be happy ; naked ; secrets et mensonges (DVD)
Dans les années 90, il est devenu monnaie courante de mettre dans le même panier tous les réalisateurs anglais, en particulier les plus prolifiques et connus d'entre eux, Ken Loach, Stephen Frears et Mike Leigh, au motif qu'ils oeuvreraient tous dans le réalisme social. Or, rien n'est plus faux! Comme d'habitude, le goût de la catégorisation hâtive et des étiquettes faciles a fait des ravages, créant des attentes qui étaient souvent déçues, et pour cause. Car si Loach peut être considéré comme un réaliste, il existe plusieurs facettes à son talent. Frears, en dehors même des films qu'il a réalisés aux Etats-Unis a un goût pour le cinéma classique hollywoodien, ses genres et son esthétique, qui se retrouve infiniment plus dans ses film que dans ceux de ses deux compatriotes (cf. mon commentaire sur un de ses films méconnus: The Hi-Lo Country). Quant à Mike Leigh, c'est peut-être des trois celui qu'on a le moins bien cerné, lui qui est à la fois un réaliste et un caricaturiste, un satiriste et un moraliste. Ce qui le placerait dans la lignée d'un Dickens, qui était loin d'être un réaliste pur jus. On pourrait reprendre ce qu'il dit à propos de plusieurs aspects de ses films pour qualifier tout son cinéma: "real but heightened" (réel, mais rehaussé).Mike Leigh s'est fait connaître d'un plus grand public avec Naked (1993), peut-être le sommet de son oeuvre, en tout cas son film le plus noir et celui qui ose le plus ouvertement ce mélange entre captation du réel et artifice que Leigh recherche beaucoup plus qu'on ne veut bien le reconnaître. Alors que ce film lui valut le prix de la mise en scène et celui de la meilleure interprétation masculine à Cannes, c'est son film suivant, Secrets et mensonges qui remporta la Palme d'Or en 1996. Pas la peine de continuer la litanie des prix, il suffit de dire que la plupart de ses acteurs repartent des compétitions internationales avec des prix d'interprétation (Sally Hawkins pour Happy-go-lucky / Be happy à Berlin en 2008, Imelda Staunton à Venise pour Vera Drake, etc.). Ce qui en dit long sur le succès de la "méthode Mike Leigh". Car Leigh est à la fois un grand directeur d'acteurs et un vrai réalisateur de cinéma, contrairement à ce que ses détracteurs disent de lui. Mais au sens où il sait comment adapter sa mise en scène à la prestation de ses acteurs, et pas l'inverse. Tout part toujours d'un travail de préparation intense avec chacun des acteurs, qui vont petit à petit définir et nourrir leur personnage, des improvisations venant ponctuer ce travail préliminaire. Les personnages et les situations sont donc évolutifs pour Leigh, et il ne finit par les fixer que lorsque cette collaboration a porté ses fruits. Ne "reste plus qu'à" faire revivre avec le plus de fraîcheur possible ces situations pour la caméra. Ses films sont si l'on veut imprégnés de méthodes de travail théâtrales, mais le résultat, lui est proprement cinématographique. Il n'y a qu'à voir Leigh commenter deux scènes dans l'entretien qui accompagne Naked pour constater que, si sa mise en scène met bien l'acteur au centre, elle n'en est pas moins pensée pour autant. De plus, son travail avec des collaborateurs réguliers (Dick Pope à la lumière, Andrew Dickson à la musique, etc., sans parler des acteurs récurrents), se nourrit du fait qu'ils souhaitent aller de l'avant, ne jamais refaire la même chose ou s'installer dans la routine. Dans ce coffret Mk2, on trouvera donc trois films qui ont certes des points communs mais ne sont en aucun cas des décalques, Leigh ayant toujours le souci de se renouveler. Naked (voir synopsis sur la page de l'édition séparée) est un film impressionnant, un voyage au bout de la nuit qui réussit à imposer un personnage difficile à aimer. Ce film très noir, que d'aucuns ont qualifié de cynique ou de misogyne, Mike Leigh dit que c'est un contresens de le considérer comme tel. Et il a raison. Le personnage de Johnny, homme dont la dérive et l'agressivité se doublent d'une intelligence redoutable, pas cynique mais "idéaliste frustré" selon Leigh, ne peut arriver à trouver ses marques dans ce monde médiocre qu'il exècre et dans lequel il ne veut plus jouer la comédie sociale. Le film, comme son personnage principal, fascine et met mal à l'aise. Il est vrai qu'il est porté par un acteur sensationnel, David Thewlis, que ce film a révélé (et dont la carrière n'a hélas pas été à la hauteur depuis), ainsi que par Katrin Cartlige (à ne pas rater dans le Claire Dolan de Lodge Kerrigan). Comme souvent, Leigh outre les situations et la caractérisation des personnages, mais pour mieux les complexifier par la suite. Une fois que le spectateur aura été bien secoué et aura accepté ces outrances, ne reste plus que de la compassion pour ces êtres sacrifiés (à un titre ou à un autre). Sur Happy-Go-Lucky, double inversé de Naked, voir mon commentaire sur la page de l'édition séparée: Be happy. On a évidemment surjoué la bonne humeur de ce film, qui contient un fond d'inquiétude et une dimension de critique sociale qui n'ont rien à envier à ceux d'autres de ses oeuvres. Il y a même une scène assez becketienne - la rencontre nocturne de Poppy avec le clochard - qui ne peut pas ne pas faire penser à Naked. Secrets et mensonges, malgré toutes ses qualités évidentes, n'est pas un de mes Mike Leigh favoris. Dans cette catégorie d'oeuvres où il observe avec acuité les rapports au sein des familles et des affects parfois débordants, je lui préfère nettement un de ses films les moins vus et pourtant un de ses tout meilleurs à mon sens, All or Nothing. Ainsi que Another Year, son dernier film en date, des plus aboutis. Cela étant, il va sans dire que je le conseille aussi et qu'il ne dépare certes pas le coffret. Dans ce coffret Mk2, les films sont présentés dans des copies correctes, en VF et VOSTF - faut-il insister sur le fait qu'une partie du sel de ces films se trouve dans la langue et la façon dont les acteurs se la mettent en bouche? L'édition Mk2 de Naked est la même que celle de l'édition Repérages précédente. C'est de cette édition qu'est reprise le bonus de loin le plus intéressant du lot: l'entretien d'une vingtaine de minutes accompagnant Naked, qui éclaire bien les objectifs et la méthode de travail de Mike Leigh. On ne peut qu'engager ceux qui souhaiteraient en faire l'acquisition et qui en ont les moyens de se porter plutôt sur le Coffret Mike Leigh, qui comprend certains des premiers films (Bleak Moments, Meantime), d'autres moins connus (Topsy-Turvy, Deux filles d'aujourd'hui) et les trois de ce coffret, mais pas Vera Drake et All or Nothing, sortis chez Studio Canal, indispensables eux aussi comme on l'aura compris. Lecture recommandée pour les anglophones: le passionnant Mike Leigh On Mike Leigh. Toujours pour les anglophones (équipés pour lire les dvd zone 1), on ne saurait trop conseiller, comme souvent quand un film existe chez cet éditeur, de se porter sur l'excellente édition Criterion. Bien meilleure pour la qualité globale de la copie, avec un commentaire audio passionnant de Mike Leigh, David Thewlis et Katrin Cartlidge, le tout non sous-titré en français malheureusement. Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
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