En 1996, des années après leur mort, Miles Davis et Gil Evans font l'événement grâce à la parution d'un luxueux coffret retraçant leurs collaborations chez Columbia. On y entend tout ce qu'on n'aurait jamais osé rêver : de vrais inédits, dont on ne soupçonnait pas l'existence, et Miles Ahead en stéréo ! Car la Columbia a enregistré ces magnifiques séances sur deux machines simultanément, l'une monophonique, l'autre en stéréo. C'est donc ce deuxième enregistrement des mêmes séances qu'on entend ici pour la première fois. Pour ceux qui ne connaissent pas le disque, on rappellera qu'il s'agit de la première collaboration entre Davis et Evans pour un 33 tours complet. Evans a obtenu les moyens d'écrire des orchestrations pour 18 musiciens et est allé jusqu'à composer des interludes entre les morceaux, à tel point qu'il faut vraiment très bien connaître les thèmes originaux pour remarquer le passage d'une chanson à une autre. Evans a en effet laissé libre cours à son goût pour les glissements imperceptibles, les déplacements infimes aussi bien dans l'harmonie que dans le rythme et l'orchestration. Il en résulte un disque riche mais qui ne révèle sa variété qu'au fil du temps, une musique à la fois rêveuse et solaire, pensée et sensuelle. Malgré l'effectif, Miles Davis est le seul soliste, et au bugle uniquement, ce qui va dans le sens de cette unité d'ensemble qui fait d'abord écran à la diversité, mais tout effet de théâtral de concerto théâtrale est évité : l'orchestre semble plutôt prolonger, entourer le propos du soliste que s'y opposer. La stéréo apporte un début de spatialisation, donc une lisibilité et un réalisme bien supérieurs, mais aussi et surtout une tout autre finesse des timbres, qui rend enfin justice à l'écriture de Gil Evans au lieu de confondre tous les aigus dans un bourdonnement métallique, comme toutes les éditions précédentes. Indispensable !