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Suspense, parodie de polar et féerie. Pour ce
Miracle à Miami, Zoé Valdés n'a pas lésiné. Ni sur les moyens, ni sur les personnages. À commencer par son héroïne, la "plus belle fille du monde", radieuse ondine, formidable "poème perché sur deux jambes de rêve", Cubaine enlevée puis élevée à la dure par un piètre paparazzi, Abomino Dégueu, avant de se marier à un beau milliardaire de Miami. De quoi susciter la jalousie, agacer les envieux. C'est précisément ce qui ne manque pas et ce pourquoi débarque Tendron Mesurat, détective français, fin cartésien à l'esprit malin, amateur de sciences occultes.
À Miami, capitale du jeu où l'euphorie railleuse s'amuse des cyclones de fin du monde, où la communauté cubaine se déploie aux pieds des immeubles Art Déco, le french détective va circuler au milieu d'une foule bigarrée, vrais branques et tristes caves, comme Fausse Univers, siliconée jusqu'à l'âme, Pisse Vinaigre, bécasse mielleuse, une flopée de voyous filous aux noms emblématiques (ajoutons encore Trique la Terreur ou Baroud en Croûte !). Tout un méli-mélo plongé dans un fourre-tout où l'arnaque le dispute à la sorcellerie
Il faudra être à la fois psychiatre, astrologue, sorcier et bon flic pour dénouer les fils attachés aux jambes de la belle ! Quitte à s'allier à une surprenante météo…
Féerie, magie, visions et apparitions, Zoé Valdés mêle tous les traits de l'imaginaire cubain dans une même tambouille romanesque, sans épargner les clichés (on fume des Montenegro, on danse la salsa, on fait avaler des injures au moindre regard en biais !). Des ingrédients auxquels s'ajoutent encore une cuisine typique, faite d'un émincé de veau mitonné aux petits oignons, de tamales, de bananes farcies, de riz aux haricots rouges et de rillons de porcs confits dans leur graisse… --Céline Darmer
--Ce texte fait référence à lédition
Broché
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Extrait
Premier tour de batte
Un détective sur mesure
Miami est la ville la plus décriée au monde. Aux yeux du détective Tendron Mesurat, c'est pourtant le lieu le plus stimulant qui soit, à Miami il y aura toujours de vraies enquêtes à mener. Miami est aussi l'endroit où il aimerait jeter l'ancre un jour. Ce n'est pas son architecture qui le séduit ; en dehors du littoral avec sa plage et ses édifices Art déco, Miami offre peu d'attraits. Non, pour parler d'or, ou disons dollar et c'est le ton qui convient ici, le reste est vieilles lunes , elle ne soutiendra jamais la comparaison avec Paris, mais comparaison n'est pas raison et Miami est tout simplement irrésistible. Miami, c'est l'exaltation débordante, la passion exclusive, c'est vraiment une ville formidable. Ce sont les immigrants qui l'ont faite ; après les Anglo-Saxons et les Africains, les Cubains ont rappliqué, mais sans être jamais tout à fait en exil, chacun se réclamant des deux rives, celle de l'île et celle de Miami. Les Cubains adorent se sentir à part, et ils sont à part, un peu comme ces palmiers royaux qui attendent d'être transplantés dans un terreau plus humide. Oui, ils ont cette vanité, ces damnés de la terre ! Après eux, le fretin latino-américain qui, à l'inverse des Cubains, est venu chercher refuge dans la fuite perpétuelle de leurs origines ténébreuses rétives à l'oubli. Miami est la capitale du paradoxe et de la parodie. Sitôt qu'on s'aventure pour la première fois dans ses rues piétonnes, la ville transforme cette inquiétude en une euphorie railleuse. Miami prend parfois l'allure d'une copie qui l'emporterait sur l'original, dans l'allégresse comme dans l'absurde. Elle est à la fois la faute et l'intime rémission. Telles étaient les pensées de Tendron Mesurat : il aimait Miami par compréhension, et non par compassion. Il sourit et tira de sa poche un paquet de gauloises pour l'y remettre aussitôt sous le regard inquisiteur d'une dondon crasseuse de l'aéroport, à en juger par son uniforme et ses coups de sang propres à rabattre le caquet des passagers. Aux États-Unis, les fondamentalistes antinicotine sont prêts à trancher la gorge de tous ceux qui s'obstinent à noircir de fumée leurs poumons.
C'est à Miami qu'on mange la meilleure cuisine cubaine. Et Tendron Mesurat est un fou de bonne chère. Qu'il s'agisse d'un émincé de veau mitonné aux petits oignons, de tamales, de bananes farcies, de riz aux haricots rouges ou d'une salade à l'avocat, et il n'est plus là pour personne ! Le souvenir lointain d'une odeur de rillons de porc confits dans leur graisse lui mettait l'eau à la bouche.
C'est à Miami qu'on dort le mieux, avec cette brise qui monte de la Caraïbe et ces orages interminables. Tendron Mesurat était fasciné par ces cyclones de fin du monde, même s'ils apportaient le drame à ceux qui, loin de les vivre en touristes, les essuyaient de plein fouet. Rien ne valait un bon cyclone pour réfléchir en se prélassant sur la chaise longue Le Corbusier du Lynx, son ami, un type né pour l'amour constat plutôt accablant chez un détective porté comme Tendron Mesurat à la spiritualité, à moins que ses humeurs rêveuses ou chimériques, non dénuées d'analyse, ne soient qu'un prétexte à vagabonder, la conscience légère.
C'est à Miami qu'on danse et qu'on danse jusqu'à plus soif. Vous ne le croyez pas ? Demandez à Iris Arcane, la plus belle fille du monde... et Tendron Mesurat se dissimulait à peine qu'il avait eu naguère le béguin pour celle qui serait l'objet de sa prochaine enquête. Il ne l'avait rencontrée pourtant que deux fois à Paris loin d'imaginer alors qu'elle serait placée un jour sous sa protection. C'était aux mardis de la salsa à La Coupole où il lui avait tourné la tête jusqu'à ne plus reprendre son souffle et la laisser seule sur la piste, plus tourbillonnante qu'une toupie. Le temps d'une pause, la jeune fille s'était approchée de sa table pour lui demander du feu, et lui avait glissé au passage qu'elle rêvait de s'installer quelque part où elle pourrait s'éclater à longueur de journée, n'importe où sauf « là-bas », où elle ne voulait jamais remettre les pieds. « Là-bas », c'était Caillot Cruz. Et « n'importe où », c'était Miami, lui avait-il affirmé. Mais elle avait haussé les épaules et s'était envolée dans les bras tournoyants d'un mulâtre efféminé aux yeux bridés et à la mine ahurie.
© Gallimard
--Ce texte fait référence à lédition
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