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5.0 étoiles sur 5
Le chef-d'oeuvre de Genet., 27 juin 2010
Bien plus que Notre-Dame-des-Fleurs, dont le style est trop disparate et souvent gâché par une vulgarité gratuite, Miracle de la Rose est à mon sens le chef-d'oeuvre romanesque de Genet. On y trouve vraiment la quintessence de ses thèmes de prédilection, exprimés dans sa superbe prose.
Jean Genet rejeta les valeurs de la Troisième Rébublique dont l'administration anonyme le coupa de ses racines familiales en en faisant un enfant de l'Asistance Publique. Mais paradoxalement, c'est dans ses bas - fonds-prisons, bagnes - qu'il retrouva le sens de la hiérarchie et du sacré que ce régime anticlérical et égalitariste rejetait violemment.
Miracle de la Rose est une oeuvre spiritualiste et aristocratique où Genet recherche une nouvelle noblesse et une nouvelle religiosité sans Dieu, grâce à la résignation, à l'ascétisme et au rituel :
- "Il est remarquable que les vrais cambrioleurs, durant cette guerre de 1940, n'essayèrent pas de vivre selon le monde qui devint courant, selon ce qu'on appela alors le "marché noir". Ils ne comprenaient rien au commerce et quand elles s'emplirent d'honnêtes gens, les prisons perdirent leur belle allure seigneuriale, mais les casseurs en restèrent une aristocratie méprisante".
- "Pourtant, la vie que je mène requiert ces conditions d'abandon des choses terrestres qu'exige de ses Saints l'Eglise et toutes les Eglises. Puis elle ouvre, elle force une porte qui donne sur le merveilleux. Et la sainteté se reconnaît encore à ceci, c'est qu'elle conduit au Ciel par la voie du péché".
Le langage subversif de Genet qui transforme la cause en effet et l'effet en cause atteint son apogée : Les cambrioleurs ne constituent pas une aristocratie parce qu'il volent mais parce qu'ils refusent l'aliénation de l'argent et du travail. Harcamone n'accéde pas à la sainteté parce qu'il a tué, mais parce qu'il accepte la condamnation à mort qui lui fait expier son crime.
Et il est transfigué : ses chaînes et son coeur se tranforment en une rose dans deux des plus beaux passages du livre, comme dans un poème médiéval.
Enfin l'amour (homosexuel dans le cas de Genet) et la compassion surgissent toujours comme des échappées miraculeuses :
- "Pour avoir été à Mettray, je suis bon, c'est-à-dire que ma bonté envers les humbles est faite de ma fidélité à ceux que j'ai aimés."(...)J'aime ceux que j'aime, qui sont toujours beaux et quelquefois opprimés, mais debout dans la révolte."
Une oeuvre somptueuse et riche, idéale pour aborder Jean Genet.
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