Paru en 2006 sur le label Minium (qui avait offert une seconde vie au label Sketch), l'album Miroirs du pianiste Stephan Oliva est une somme de rencontres, de dialogues, de petits formats. Il a convié à ses côtés, pour deux pièces chacun, des musiciens qu'on ne présente plus : les chanteuses Susanne Abbuehl et Linda Sharrock, le contrebassiste Claude Tchamitchian, le clarinettiste Jean-Marc Foltz et le batteur Joey Barron.
Après une belle entrée en matière, le temps de s'installer dans cette atmosphère intime, presque confidentielle (« Sometimes I feel like a motherless child », puis le « Naima » de John Coltrane), une rêverie impressionniste surgit, taillée par de fluides et délicates volutes de contrebasse. C'est la deuxième partie -surprenante- de « La belle africaine », un thème méconnu de Duke Ellington.
On est ensuite bel et bien embarqué, pour un voyage intrigant -et vite captivant- au fil de standards complètement métamorphosés, comme cette relecture de « My one and only love » avec Susanne Abbuehl -voix de velours et dramaturgie fine- ou cette autre de « I loves you, porgy », avec un Claude Tchamitchian plus suggestif que jamais...
Stephan Oliva, en maître d'œuvre inspiré et attentionné, est presque dans une certaine forme de retrait, une ingénieuse pudeur qui sans aller jusqu'à l'excès de l'effacement, offre un écrin inestimable à ses différents partenaires de jeu, qui se succèdent au fil du disque tels des apparitions charmeuses, intelligentes, lumineuses...
Des présences qui émergent, disparaissent et réapparaissent en de troublants jeux de miroirs.
Ainsi, la dramaturgie doucement rauque et intense de Linda Sharrock, en ouverture et en conclusion du disque, offre un reflet déformé à la présence gracile de Susanne Abbuehl.
C'est le type d'album qui montre toute les potentialités de réinvention du vaste répertoire du jazz, parce qu'il a aussi le mérite d'avoir été savamment conçu. Le leader s'y entend, en matière d'agencement d'un répertoire (il l'a prouvé notamment avec Itinéraire imaginaire, justement paru chez Sketch peu avant ' en 2004), et ici, la construction du disque fonctionne à merveille, une fois de plus.