Après les aigus de Fake Can Be Just As Good (Symphony of Trebles porte bien son nom), l'expérimental de In An Expression Of The Inexpressible (la difficile chanson éponyme) et la plénitude de Ballad Of The Damaged Lemons, voici enfin le sixième album de Blonde Redhead. Cette fois, le trio s'aventure en des territoires plus ouatés que wattés. Les fans qui appréciaient le précédent album pour les morceaux plus durs à la Melody of a Certain Tree en seront pour leurs frais : à l'image du single Elephant Woman, une douceur extrême émane de cet album. Même des morceaux qui auparavant auraient bénéficiés d'un traitement plus électrique, comme Equus ou l'accrocheur Falling Man (du reste bien plus percutant en concert) sont perçus ici avec légèreté. Blonde Redhead, apaisé, continue donc à défricher dans cette nouvelle direction, ce qui n'est pas un mal compte tenu du plaisir et de la surprise qu'on éprouve à la découverte de chaque nouvel album. Le groupe inscrit cependant son travail dans une certaine continuité : l'alternance au chant d'Amedeo et de Kazu est toujours d'actualité et marche toujours aussi bien, et les petits riffs à la sonorité si caractéristique sont encore perceptibles. Espérons que le passage chez 4AD déploiera des effets positifs, et que désormais la musique de Blonde Redhead touchera un plus grand public. Ils le méritent, d'autant que les gens curieux et sensibles ne regretteront jamais d'avoir fait entrer ce groupe dans leur vie. Un grand moment de rock en tout cas, imaginatif et touchant.