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Presque quatre ans après lexcellent
Melodies of Certain Damaged Lemons, les Américains de Blonde Redhead (au patronyme extrait dun titre de DNA, groupe no wave des années 80) présentent
Misery is a Butterfly. En tournant le dos au mur du son truffé de larsens construit lors de leur baptême discographique sous la houlette de Steve Shelley de Sonic Youth, le trio a oublié son passé dissonant. Désormais en affaires avec 4AD, le mythique label des Cocteau Twins et autres Pixies, les jumeaux Amedeo & Simone Pace et leur muse Kazu Makino expérimentent une pop tendance cinémascope. Fasciné par Serge Gainsbourg et sa
Melody Nelson, Blonde Redhead découvre les arrangements sophistiqués habillés de cordes délicates et de claviers luxuriants.
Misery is a Butterfly se révèle aussi hypnotique que les mélodies aux rythmes multidimensionnels de "Elephant Woman" ou "Doll is Mine" portées par la voix de soprano de Kazu.
--Sabrina Silamo
Critique
On peut tout aussi bien lui préférer son successeur,
23, mais c'est avec cet album que Blonde Redhead a trouvé un équilibre résolument parfait entre les expérimentations débridées de ses débuts et son sens de la mélodie, qu'on dirait ici inné. L'inlassable curiosité de ses membres, qui ne cessent de repousser leurs limites et de se remettre en question (beaucoup de leurs collègues feraient d'ailleurs bien d'en prendre de la graine), leur permet d'élargir leur horizon musical et de prendre une place enviable, à savoir celle d'une formation de premier plan. Les tourments traversés à cette époque par Kazu Makino, âme de Blonde Redhead (les frères Pace étant sa chair et son sang), l'ont laissée encore plus à fleur de peau, comme on peut l'entendre sur l'autobiographique
« Equus », impeccable plage finale, ou sur le tourbillonnant
« Pink Love ». Dans
Misery Is A Butterfly, tout n'est que délicatesse, rêve et poésie, les frères Pace et Kazu (dont le charmant accent nippon n'a peut-être jamais été aussi bien utilisé qu'ici), privilégiant aussi bien dans leur jeu que dans leurs orchestrations (plus élaborées, mais raisonnablement) l'émotion et la simplicité, ce qui impose ce disque comme une oeuvre intemporelle, comme tous les grands disques, en fait. Et l'orientalisant
« Elephant Woman » est vite devenu un chouchou du public en concert et sur les
playlists « branchées ». Si « le malheur est un papillon », comme le dit le titre, le bonheur est un album de Blonde Redhead comme celui-ci.
Frédéric Régent - Copyright 2012 Music Story