Créé par Howard Overman et diffusé au Royaume-Uni sur la chaîne de télévision E4 (ce sont les diffuseurs de 'Skins') à partir de 2009, 'Misfits'(inadaptés) est un feuilleton britannique en saisons -3 pour le moment, mais la quatrième est pour cette année- de 6, 7 et 8 épisodes de 45mn (à chaque fois, il y en a un de plus) qui illustre les mésaventures de 5 jeunes gens condamnés pour des raisons diverses à des travaux d'intérêt général (repeindre des bancs publics, participer à des après-midi de thé dansant pour personnes âgées, redonner à des murs recouverts d'affiches et de tags un semblant de propreté, etc. ; dans chaque épisode, ils font en fait un autre travail) et qui sont frappés par la foudre durant un orage un peu particulier, ce qui leur vaut non de véritables superpouvoirs, mais plutôt de nouvelles particularités en rapport direct avec leur caractère le plus intime. Le problème, c'est que l'orage n'a pas transformé qu'eux...
Durant la première saison, nous faisons connaissance avec les principaux personnages : Nathan (l'irlandais Robert Sheehan, vu dans 'Le dernier des Templiers' ; il a un faux air du principal interprète d''Entourage'), aussi stupide que beau et dont le 'pouvoir' n'est révélé qu'à la fin de la première saison, Kelly (l'anglaise Lauren Socha), aussi sensible que rentre-dedans, qui entend les pensées des autres, Simon (le subtil gallois Iwan Rheon), aussi introverti qu'invisible, Alisha (la torride afro-anglaise Antonia Thomas), belle et désirable qui a le 'pouvoir' de transformer les hommes qui la touchent en bêtes assoiffées de sexe, et Curtis (l'afro-anglais Nathan Stewart-Jarrett), l'ancien champion d'athlétisme qui sait remonter le temps et changer le cours des évènements, sont donc désormais les nouveaux rois de leur petit monde, qui ne cessent de trouver sur leur chemin de bien étranges concitoyens (l'homme-chien, la mamie 'fais-moi jouir', la fille qui rend les autres chauves, etc.) qui leur rendent la vie bien difficile...
Dans la deuxième saison, le capitaine, qui avait mis les voiles, revient, comme par miracle, et réintègre la petite troupe en pleine thérapie artistique. Le demi-frère de Nathan débarque de nulle part avec, dans le coffre de sa voiture, leur père indigne. Une métamorphe et Ice Woman notamment mettent les neurones, déjà bien agités au naturel, de nos mousquetaires de l'étrange à rude épreuve et sérieusement en émoi, d'autant plus qu'un mystérieux yamakasi surveille désormais leurs agissements du haut des toits...
Contrairement aux super-héros américains, qui sont systématiquement des justiciers, nos super-zéros britanniques ne sont que d'insolents ados, qui ne portent pas de seyantes tenues bien moulantes, mais un overall orange beaucoup plus ordinaire ; ne volent pas, mais parlent comme des charretiers ; ne pensent pas à tenter de sauver le monde, mais font montre d'un égoïsme effarant ; en fait des buses assommantes et paresseuses qui, au fur et à mesure des épisodes, vont quand même réussir à tisser des liens assez forts entre eux et, petit à petit, évoluer de manière intéressante.
Peu de personnages, encore moins de décors (nous sommes en banlieue, dans un bâtiment administratif -dans lequel les personnages ont leurs casiers pour se changer et les éducateurs spécialisés qui les supervisent leurs bureaux- situé près d'un lac entouré de quelques tours pourries) et seulement de rares effets spéciaux -la production donne dans l'ensemble l'impression d'être un peu fauchée-, mais par contre des dialogues extrêmement crus, des scènes de sexe assez explicites, un humour ravageur et des scénarios d'enfer (à partir du 4° épisode -les 3 premiers, de mise en place en quelque sorte, étant quand même moins hénaurmes-) font de 'Misfits', partiellement tourné dans des décors qui avaient déjà servi pour 'Orange mécanique' -ce qui n'est peut-être pas un hasard-, un pendant télévisé de 'Trainspotting' mâtiné de 'Skins', une œuvre télévisuelle à ne pas imposer à tous les yeux, ni à toutes les oreilles (les enfants et les personnes sensibles ou prudes s'abstiendront), mais dont l'impertinence est incontestablement rafraîchissante : enfin des super-héros qui n'en sont pas, qui sont littéralement dépassés par leurs 'pouvoirs', qui les embarrassent plus qu'ils ne les mettent en valeur, ne pensent qu'à ce à quoi on pense à cet âge-là et, somme toute, reflètent, en partie en tout cas, une certaine jeunesse d'aujourd'hui, voire de toujours : révoltée, insoumise et contestataire, bref en ébullition. 'Misfits' est un diamant brut, un 'Heroes' réaliste et décapant, qui vous remettra les idées en place quant à la nature humaine et aux bonnes manières, bref un feuilleton bref et bon qui fait flipper sa mère !