J'ai bien conscience de faire preuve d'un terrible crime que de prétendre, un peu plus bas, que ce livre m'a semblé moyen ou a minima loin du chef d'œuvre que de nombreuses critiques de-ci de-là ont proclamé.
Quelques explications s'imposent, retiens ton ire Ô lecteur. Tout d'abord je ne fais pas partie naturellement du lectorat de la Fantasy «Épique» dans laquelle on pourrait mettre «Le trône de fer», «L'assassin Royal», «La roue du temps» et autres séries de ce genre. En effet ces références du genre ne m'avaient semblé faire preuve de beaucoup d'originalité, originalité crédible voila le terme important pour moi qui suis à la base un lecteur de SF. Voici donc de quel point de vue proviendront mes quelques remarques.
Cela a été régulièrement souligné dans d'autres critiques, le début de ce livre est peu accrocheur, l'aventure qui vous y est proposée est courte et apparemment sans lendemain puisque ensuite nous suivrons longuement les aventures d'une jeune fille skaa (lisez serf médiéval) dénommée Vin embringuée avec sa bande de voleurs dans une machination financière complexe et assez peu attractive.
Ces deux premiers épisodes sont néanmoins l'occasion de découvrir le monde original proposé par l'auteur. Un monde où ne cesse de tomber de la cendre, où le soleil ne perce que rarement, où un profond brouillard descend la nuit, un monde d'où toute couleur semble avoir été bannie et où une grande partie du travail des champs consiste à dégager les plantes marrons (euh, comment ça pousse alors ?) de leur gangue de cendre.
La structure politique est par contre beaucoup plus standard. Un Seigneur-Maître immortel gouverne un empire unique au travers d'une noblesse surveillée, obligée de maintenir le maximum de présence à la cour (à la Louis XIV) à qui est confié la tâche d'encadrer et de commander les hordes de Skaa. Mais le Seigneur-Maître dispose d'outils beaucoup plus efficaces que notre Louis national pour surveiller sa noblesse : une bureaucratie inquisitrice, le Ministère d'Acier composé de notaires régulant de nombreux aspects de la vie de la Noblesse et, côté force, des Inquisiteurs d'Acier aux pieux de métal enfoncés dans les orbites et quasi-invulnérables. Pourtant l'outil suprême du Seigneur-Maître n'est finalement autre que lui-même ... ce qu'on apprend petit à petit sur son compte est plus impressionnant que sa simple Immortalité.
Le fait d'exposer assez clairement le fonctionnement d'un Empire du Mal et de dérouler un processus purement interne visant à l'abattre, basé sur les classes laborieuse, représente une nouveauté bienvenue dans le genre, convoyant le message : «Aide-toi et XXX t'aidera».
La magie présente enfin l'intérêt d'avoir des règles apparemment claire et un fonctionnement quasi-scientifique ne permettant pas de sortir quelque lapin du chapeau selon les besoins de l'intrigue ... sauf que différents systèmes de magie inconnus du lecteur pendant une bonne partie du roman viendront tout de même limiter considérablement cette transparence.
Finalement de nombreux points intéressants et novateurs dans ce début de série, hélas la qualité de l'exécution de ce projet ne me semble pas être au rendez-vous, en voici quelques exemples :
Au début du roman, l'impression d'oppression était réellement forte, on sentait que les gens en étaient abîmés, déformés. Mais ce succès initial est complètement gâché par la suite par la facilité très
Ocean's Eleven dont font preuve les protagonistes de l'aventure.
L'héroïne, Vin, est une jeune skaa sans éducation, abandonnée par son frère et élevée dans la méfiance et la trahison systématique. Son intégration dans l'équipe de voleurs de haut-vol de Kelsier et la confiance qui y règne est donc problématique. Néanmoins sa transition parait se faire rapidement et sans heurts, tout comme sa transformation en Courtisane Noble puis en séductrice (même involontaire) ! Impossible d'adhérer à ce scénario.
Quant à Kelsier, si Vin a des états d'âme, Kelsier lui n'a guère qu'un agenda secret. Il est à peine plus développé que les autres protagonistes qui remplissent les tâches assignées par le scénario-maître.
Le scénario principal lui-même présente des incohérences qui m'ont beaucoup gêné. Sans trop en révéler, le renversement de l'Empire Ultime est essentiellement le projet de Kelsier, son graal, l'aboutissement d'années de préparation. Pourquoi alors aller risquer un plan connu de lui seul en s'enfonçant au coeur du palais du Seigneur-Maître, sachant qu'il allait rencontrer les Inquisiteurs d'Acier que nul Allomancien n'a jamais encore vaincu ?
Enfin, la résolution finale repose sur tellement de heureux hasards face à un ennemi qui objectivement n'avait quasiment rien à craindre de la rébellion que je me suis senti floué d'avoir tant investi sur une longue préparation ... inutile.
Bon, ce n'est pas gentil de vous laisser comme ça en plan, alors je vais vous proposer quelques titres similaires mais me semblant plus réussis :
Le Cycle des démons, tome 1 : L'Homme-rune,
La trilogie de l'enfant démon, Tome 1 : Medalon ou
Chronique du Tueur de Roi - Première Journée, tome 1 : Le Nom du vent.
(Remarque : la question qui est posée par le site qui abrite tous ces commentaires est de savoir si vous avez trouvé cet avis utile, ce qui ne revient pas à dire si vous êtes d'accord avec l'opinion du commentateur. Il se trouve que je n'ai peut-être pas autant apprécié ce roman que vous-même. Ça ne veut pas dire que les défauts que j'ai relevés n'existent pas, simplement qu'ils ne vous ont pas affecté, nous avons tous un petit faible pour tel ou tel type de roman qui nous permet de passer par-dessus certaines imperfections. Il me semble cependant intéressant que ces défauts soient relevés afin que chaque lecteur puisse se demander si ceux-ci lui sont supportables ou non.)