Savez-vous ce qu'est le 48CC ? Dans le jargon bédéistique des bédéastes spécialistes du franco-belge, il s'agit du format classique des bandes dessinées à gros succès, historiques ou non : quarante-huit planches / couleurs / cartonné. Le format que beaucoup ont délaissé pour raconter d'autres histoires, sur des centaines de planches, dans des dimensions différentes de l'A4. Parce que l'arrivée massive du manga et le renouveau des comics ont changé pas mal de choses, et c'est pas moi qui m'en plaindrais.
Le 48CC, de nos jours, sert surtout à faire perdurer un certain esprit potache qui nous rappellerait Blueberry ou Astérix, que ce soit dans la science-fiction, le polar, le thriller économique, la comédie ou l'aventure. Mais pas ici. En gardant le même format, Mister Hollywood nous propose une chronique de vie quotidienne au pays de tous les rêves de gloire. Jersey Boy (en référence à Jersey Girl, une chanson de Tom Waits que Bruce Springsteen aime reprendre en concert) en est le second tome. Or le premier,
Mister Hollywood, Tome 1 : Boulevard des illusions, allait plus loin qu'une simple présentation des personnages, plus loin que l'inévitable tome d'introduction. Rien que pour ça, les auteurs méritent notre respect.
Il est donc question d'un jeune scénariste qui monte à Hollywood, la tête pleine de rêves qui vont évidemment tomber à plat. Même si la trame ne semble pas neuve, le ton et l'écriture font tout le contraire : sans aucune digression, avec une justesse incroyable, les récitatifs et les dialogues sont ciselés, concis, justes. Le dessin reste fonctionnel mais suit cette écriture, il fait dans le sobre, un peu comme du Berthet allégé. Mais il m'a également fait ressentir toutes les angoisses de ce jeune scénariste (car oui, le personnage principal est bourré de phobies). Imaginez un des premiers Largo Winch écrit par Woody Allen ou par Larcenet. Je n'ai pas franchement ri, mais j'ai été incroyablement amusé et étonné de certaines situations.
Dernière précision qui, pour moi, semble de taille : les romans et bds sont souvent parsemés de références musicales, littéraires et cinématographiques. Un peu de name-dropping dans l'air du temps épate toujours, méthode superficielle s'il en est. Là encore, il s'agit de partager un amour certain du cinéma (il y a même un lexique en fin de tome) et des recommandations musicales qui ne semblent en rien provenir d'un plan marketing. Car il s'agit bien d'une ode aux génies de Hollywood, même ceux de la télé. En fait, cet objet étrange, planqué dans un format apparemment inoffensif, cache en réalité un Six Feet Under ensoleillé.