San Francisco ? 1967 ? Le Psychedelic Sound, ça vous parle ? Et bien Moby Grape (peut-être le moins connu de tous) est associé pour l'éternité à ce mouvement musical de grande ampleur et qui a influé, comme nul autre, sur le rock. Skip Spence (qui a battu pour l'Airplane, première mouture), touche-à-tout instrumental, délaisse les fûts pour la guitare, Peter Lewis assure la guitare rythmique, Jerry Miller la lead guitare, Mosley (Bob de son prénom) tient la basse tandis que la batterie est l'affaire de Don Stevenson. On a donc 3 lascars aux guitares et cinq membres qui, en parallèle, assurent les parties vocales. Joli coup, non ? Saviez-vous que la scène de Frisco en pince alors pour ces 5 gosses dont on prédit un avenir des plus brillants? Figurez-vous que c'est tout le contraire qui s'est passé car la presse a descendu en flèche ce groupe aux conneries de jeunesse répétées et aux problèmes avec la justice américaine (avec un profil de déjanté comme Skip Spence, accro au LSD, le groupe ne pouvait y échapper) tandis qu'un manager véreux a continué de précipiter leur perte. Heureusement qu'il reste leur merveilleuse musique psychédélique californienne pour assurer leur défense. A l'inverse de bon nombre de groupe de cette mouvance hippie, Moby Grape ne se fourvoie pas dans d'interminables impros parfois soûlantes, mais pose plutôt sa musique faite d'un succulent mélange de ballades (rock, pop, blues, country, folk), de folk-rock psychédéliques atteignant un niveau exceptionnel. Surtout cet album éponyme de 1967 qui est un pur joyau (ce qui ne sera pas forcément le cas de toute leur production, très inégale). Ecoutez donc le folk mélancolo-lysergique Sitting By The Window (Peter Lewis). Tendez l'oreille sur l'énergique Lazy Me (Mosley).L'ensemble de cet album, varié, qui ne ressemble à aucun autre, est placé sous le sceau de l'exceptionnel. Album à frissons, du rock de début Hey Grandma à au titre final Indifference, vous allez passer un moment extraordinaire. Mister Blues, Fall On You (écoutez ces harmonies de voix), le sublime Omaha, Come In The Morning, Changes...et j'en passe et des meilleures. Et cette guitare qui vous obsède en arrière-plan ? Et ces trois guitaristes efficaces qui se boostent mutuellement ? Et ces harmonies vocales que n'auraient pas renié les spécialistes en la matière (Byrds, CSNY) ? On est en droit de se demander pourquoi un groupe et un album aussi performants, aussi frais et vivifiants aujourd'hui qu'hier, n'ont pas eu le retour escompté. En effet, mais matraqué par sa maison de disques CBS qui publie, pour des raisons de marketing mercantile, 5 singles de l'album, et sous la férule d'un manager véreux (qui fit inconsidérément monter les enchères), le groupe sera considéré (à tort) comme un produit imposé par l'industrie discographique, chose que ne lui pardonnera pas la scène hippie. L'histoire se souvient du Dead, de l'Airplane, de Love, des Doors, mais moins de Moby Grape, un tourbillon venu balayer la scène psychédélique américaine, mis à la retraite dès le milieu des années 70. Le meilleur moyen de lui rendre l'hommage mérité est de faire sien cet album qui scelle son triomphe absolu. Attention, c'est contagieux !