J'avais déjà lu ce court roman pendant mes années universitaires. Il m'avait troublé à l'époque, comme tous les romans de Marguerite Duras que j'ai pu lire depuis : des personnages fragiles, sensibles et passionnés, ballotés par une vie qu'ils n'ont pas toujours choisie, avides de rencontres libératrices qui surviennent finalement dans des moments inattendus, voire désespérés. Une deuxième lecture, a réveillé chez moi des émotions différentes car aujourd'hui je suis mère et je pourrais avoir l'âge de cette héroïne perdue dans sa vie. Cette histoire qui me paraissait lointaine se rapproche tout à coup de moi. Mais la comparaison s'arrête là, car il est difficile de comprendre les motivations de cette femme se rendant chaque jour dans ce café et qui semble subir sa vie, comme les faits et gestes de son petit garçon. Symboliquement, il semble que ce premier meurtre, dont le cri a envahi la ville, a ouvert un gouffre dans les rues tranquilles de cette bourgade de province, maritime, un appel d'air de passion et de folie dans lequel deux êtres, ce Monsieur Chauvin et Anne Desbaresdes, déjà fragilisés, l'un par le chômage et l'autre par une sorte de baby blues jamais soigné, vont s'engouffrer et se perdre. Et puis il y a le style de Marguerite Duras, cette impression de ne pas y toucher, fausse, et qui remue toujours en profondeur !