Après le footballeur Thierry Henry, Renaud met donc la main à un ouvrage attaché à l’Irlande : cette sélection de treize chansons extraites – et adaptées en français dans le texte - du florilège de la tradition de l’île constitue en fait, si l’on en croit le principal intéressé, l’aboutissement d’un projet en gestation depuis plus de vingt-cinq ans (et un premier voyage en 1985 sur les rives du Connemara en compagnie de...Michel Sardou),...et les premières nouvelles en studio du Renard depuis 2006 (album
Rouge Sang).
La nouvelle de l’affection du Titi parigot pour les pubs de la verte Erin n’a pas en effet la fraîcheur du scoop, depuis une certaine
« Ballade nord-irlandaise » de 1991 (la mélodie figure derechef dans la sélection qui nous occupe ici, en une version élégamment épuisée). La voix, délicatement brisée (certains refrains ont même été écartés, l’organe s’y montrant par trop limité), s’appuie sur une orchestration pour gardiens du temple, où fleurissent violons, banjo, bagpipes, et autre flûte irlandaise. Et les thèmes rendent fidèlement compte des préoccupations, drames et déchirements des Irlandais (de l’exil à la lutte armée, en passant par la ruine économique, et l’orgueil intact).
« Vagabonds » (premier single extrait de l’album) évoque l’errance des gens de peu, alors que
« Dubliners » (hommage induit à l’un des groupes fondateurs de la musique celte) rappelle l’attachement à la terre.
« Belfast Mill » fustige le drame d’une ville, et de cœurs, séparés en deux, et
« Incendie » le bonheur qu’il y a à apprendre des anciens. Figures de l’IRA (les combattants volontaires de
« Johnston’s Motor Car », plus proches des Pieds Nickelés que de la Bande à Baader), jeunes soldats irlandais hachés par la folie des hommes, quelque part dans les tranchées de la Somme (
« Willie McBride »), filles plus ou moins faciles (
« Te marie pas, Mary ! »), et temps qui le sont tout autant (
« Je reviendrai ») se succèdent alors, en une galerie de personnages qui fleure la bière, et le désespoir digne.
L’album s’achève avec
« Molly Malone » (le petit garçon de Renaud se prénomme également Malone), hymne officieux de la ville de Dublin, et portrait d’une marchande des quatre saisons, contrainte de se prostituer pour manger : on ne peut qu’adhérer à l’affection du chanteur pour un personnage modeste, haut en couleurs, et avide de liberté. Renaud, désormais au-delà du jeu social du business et autres obligations promotionnelles (on ne le voit que rarement dans nos étranges lucarnes), ermite pour tout dire, a aujourd’hui quitté ses Fortifs’ chéries pour un jardin de banlieue, se vouant à la quiétude du quotidien qui s’écoule paisiblement.
Il se transforme ici, et pour la quatrième occasion (après la chanson réaliste, le Nord, et Brassens) en interprète de la mélancolie, de la tristesse, et de la joie d’être ensemble : gageons que cette pénombre lui sied à ravir, tout comme ses refrains rocailleux savent nous émouvoir.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story