Le moment machiavellien est celui ou une société sait se donner le régime politique et les institutions appropriées pour faire face à l'incertitude et au hasard (la "fortuna" chez Machiavel) grâce à la vertu des dirigeants qui savent stimuler la vertu du Prince.
Ce livre est très long à lire et se lira par petits bouts, puisqu'il va de la Renaissance à la fondation des Etats-Unis, et une longue postface de l'auteur introduit le débat dans la nature des Etats-Unis modernes.
Le monde actuel s'est construit dans un débat issu de la rupture du monde stable (le passage "
Du monde clos à l'univers infini" selon l'expression d'Alexandre Koyré) du Moyen-âge au monde instable de la naissance du capitalisme. Le débat structurant est le rapport entre vertu politique (valeur traditionnelle du monde ancien) et intérêt personnel par le commerce (valeur moderne qui permet le développement économique).
Le chapitre sur la crise financière de 1720 (la première crise du type actuel, une crise de type Ponzi) est particulièrement éclairant: le débat est entre le rôle de la vertu et du crédit, et la difficulté de concilier les deux.
On sait que c'est "
L'empire du moindre mal" qui a gagné, magnifiquement illoutré par Jean-Claude Michéa.
C'est ardu mais lisible et très stimulant.
J'ai lu et travaille toujours sur la version anglaise
Machiavellian Moment: Florentine Political Thought and the Atlantic Republican Tradition et je n'ai pas de commentaires à faire sur la traduction, mais puisque le livre est préfacé par
Jean-Fabien Spitz, on ne peut qu'avoir confiance!