Véritable bain de jouvence au milieu de nombreuses productions qui ressassent le passé à outrance, Momentum frappait comme un coup de foudre le paysage du jazz en cette année 2005.
Certes, Joshua Redman n'était déjà plus un inconnu, loin de là, mais il avait rarement atteint une telle homogénéité au sein d'un même disque. Il ne craignait pas en tout cas, avec ce nouveau projet, de montrer l'étendue de ses désirs, de ses goûts, et son envie farouche et décomplexée de prouver les affinités possibles entre jazz, funk, soul et rock.
Une ouverture d'esprit dont on trouve les reflets dans la mixité de l'Elastic Band.
Outre l'inamovible et vibrionnant Sam Yahel (co-arrangeur, co-producteur et prince des claviers ; synthé, rhodes, orgue et clavinet...), la batterie est tenue alternativement par Jeff Ballard et Brian Blade, tous deux fascinants.
A ce power trio au double visage, se joignent des invités aux identités fortes : les guitaristes Peter Bernstein, Jeff Parker, Eric Krasno, les bassistes Flea et Meshell Nedgeocello, le vibraphoniste Stefon Harris, le trompettiste Nicholas Payton, ou encore le batteur ?uestlove (alias Ahmir Thompson, pilier de The Roots)...
On retrouve aussi une certaine tendance aux mélanges (à priori) improbables dans le répertoire : Outre des compositions brillantes du leader et ses acolytes, on trouve pêle-mêle « The Crunge » de Led Zeppelin, transformé en funk délirant, le « Lonely Woman » d'Ornette Coleman, sous un jour résolument lyrique (mais aussi teinté de babillages électroniques et autres modelages sonores), ou encore une chanson de Sheyl Crow, « Riverside », alternance de ballade vaporeuse et de groove délectable.
D'un bout à l'autre du disque, apparaissent les preuves d'une grande maturité, dans la prise de risques permanente, et l'absence de tout déballage technique gratuit, au profit du feeling de l'instant, de la vivacité et du plaisir de jouer.
Les premiers titres de l'album sont éloquents : le décapant « Soundcheck » qui ouvre les festivités, déballe en quelques secondes un groove monstrueux porté par une ligne de basse jouée au clavier. Le réjouissant « Sweet Nasty » enfonce le clou, et télescope des élans d'énergie très actuels avec un son d'orgue hammond délicieusement rétro. Suit une vignette expérimentale, « Just a Moment », autre facette intrigante des tentatives tous azimuts de Johua Redman...
Bref, un album captivant et jouissif qui ne laisse jamais redescendre l'attention et le plaisir de l'auditeur.