Admirable Taniguchi, associé à Morvan cette fois, toujours aussi pénétrant et fin psychologue.
Ici, il nous entraîne à la découverte de la vie d'une famille, dont l'unique fille, âgée de 8 ans, est trisomique.
Or, rien ne semble à première vue l'indiquer physiquement, ce qui est bien là justement une partie de son drame.
Dans ce premier volume, on comprend quel est l'univers mental de la petite fille, quelle affection ses parents lui attachent (et inversement), les difficultés qu'elle rencontre et celles qu'éprouvent à certains égards les parents, désireux de préparer au mieux l'avenir de leur petite fille, ce qui n'est pas toujours chose aisée, surtout lorsqu'il faut concilier soutien affectif et éducatif avec une activité professionnelle et que la compréhension de l'extérieur, école notamment, ne semble pas toujours à la hauteur des espérances.
Sujet grave, sujet sensible, mais que Taniguchi et Morvan nous présentent avec beaucoup de subtilité et de délicatesse.
Et toujours ces dessins qui, parfois mieux que des mots, parviennent à nous faire ressentir de nombreuses émotions. Cette mélancolie dans le regard de la mère, à certains moments, l'attitude parfois égarée du père, les inquiétudes de la fille qui aimerait tant comprendre ce qui préoccupe ses parents et souhaiterait leur venir en aide malgré sa relative impuissance, ou à d'autres moments encore, la joie ou la fierté qui peut tout aussi bien transparaître.
Et que dire de cette idée tout à fait originale et bouleversante de nous faire voir certaines images (expressions, visages, attitudes) représentées selon le regard porté par la petite fille ?
Simplement remarquable.
Vraiment, une nouvelle fois, du très grand Taniguchi (auquel je ne saurais, bien sûr, soustraire la patte de Morvan, que je ne connais pas).