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3 internautes sur 3 ont trouvé ce commentaire utile
3.0 étoiles sur 5
Le bonheur des plaisirs malsains,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Monsieur de Phocas (Poche)
Jean Lorrain est né à Fécamp le 9 août 1855 (Martin Paul Alexandre Duval de son vrai nom) et décède à Paris le 30 juin 1906. Il fait partie de ces écrivains décadents à cette époque charnière entre deux siècles, comme Villiers de l'Isle-Adam, Verlaine « Je suis l'Empire à la fin de la décadence » et surtout Huysmans dont le héros d'un de ses romans Des Esseintes dans A rebours symbolise cette école littéraire.Monsieur de Phocas, alias le comte de Fréneuse, avant de s'exiler en Orient confie son Journal à un quasi inconnu qu'il pense susceptible de le comprendre. Ce Journal est un testament, une confession intime plus précisément. Le comte de Fréneuse est connu du tout Paris, des légendes circulent à son propos, des mystères émaillent sa vie, des scandales éclatent dans son sillage. Qu'en est-il réellement, quelles sont les raisons qui ont motivé ses actes ? Le manuscrit va nous le révéler. Dans le roman, Jean Lorrain mélange habilement des aspects de sa propre vie, c'est un journaliste mondain et dandy, amateur de plaisirs de toutes sortes, femmes et hommes, drogues et rencontres scabreuses dans les bas-fonds des grandes villes, avec des ambiances et des idées qu'on retrouve dans des livres écrits antérieurement par d'autres écrivains, le personnage de Des Esseintes de Huysmans, celui de Dorian Gray d'Oscar Wilde etc. On y croise des célébrités de cette époque, Liane de Pougy (auteur de Idylle Saphique), Rachilde qui a écrit Monsieur Vénus, le comte Robert de Montesquiou etc. L'esthétisme et les arts sont au centre des préoccupations du comte de Fréneuse devenu obsédé par les yeux verts. Des yeux d'un certain vert bien particulier qu'il va rechercher partout, que ce soit chez les prostituées des quartiers glauques des villes ou dans les œuvres d'art des musées. C'est là qu'intervient Claudius Ethal, un personnage étrange, peut-être diabolique, qui se propose de l'aider dans sa quête, le poussant à franchir des limites qui doivent le guérir de son obsession au risque d'y laisser son âme. J'apprécie beaucoup les livres de J.K. Huysmans, c'est donc avec plaisir que je découvre - enfin - Jean Lorrain qui écrit dans la même veine. Le style, les références culturelles évoquées, les clins d'yeux (certains parlent de plagiat) à des œuvres d'autres écrivains de qualité font de ce livre une petite merveille d'où se dégage une capiteuse odeur de stupre. « Ethal ne m'avait pas trompé. C'étaient bien les yeux de mon rêve, les yeux de mon obsession, les yeux d'angoisse et d'épouvante dont il m'avait prédit la rencontre, regards plus beaux que tous les regards d'amour, parce que, devenus décisifs, surnaturels et, enfin, eux-mêmes dans l'affre de la dernière minute à vivre. Et sa théorie m'apparaissait enfin justifiée par le talent et le génie du peintre. Je comprenais enfin la beauté du meurtre, le fard suprême de l'épouvante, l'ineffable empire des yeux qui vont mourir. » Aidez d'autres clients à trouver les commentaires les plus utiles
7 internautes sur 8 ont trouvé ce commentaire utile
4.0 étoiles sur 5
Confessions d'un mal de siècle,
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Ce commentaire fait référence à cette édition : Monsieur de Phocas (Poche)
Dès les premiers chapitres, on sent tout de suite la leçon de style - raison pour laquelle cela se lit à voix haute - avec cette dérive dans les bas-fonds de ce curieux décadent qu'est le duc de Fréneuse. Il est aussi rare de constater qu'il s'agit d'un des récits les plus précieux des décadents, et sans doute l'un des romans cachés de notre langue. Un petit bijou, comme les vénère Fréneuse, obsédé par les yeux des statues et les putains gracieuses dans leur abjection et leur pose. Le seul roman capable d'égaler Le Portrait de Dorian Gray, faisant de Lorrain une sorte de Wilde français. Toutefois, à mesure qu'on avance dans le récit, le style faisandé se perd dans l'unité de ton et exprime une hybridité typiquement décadente entre excentricités soudaines et raffinements excessifs. La verve est là, mais alourdit l'ensemble. Le style est résolument décadent et peut irriter. Cela reste une très belle oeuvre empoisonnée, exquise mais exigeante, gracieuse et exaltée, qui traduit un mal (d')être où se rangent les névroses les plus troublantes (passage mémorable pour la soirée d'opium). Cette confession d'un névrosé manque toutefois d'audace dans ses impulsions et son ambiance criarde et montre aussi, de façon consciente, les limites du décadisme qui ne proposait pas, selon son auteur, de conscience du désir, de Vie. Cette exaltation de sensualité n'était en réalité qu'une expression mortuaire, dépravée, loin de la simplicité spirituelle et matérielle louée par les peuples orientaux qui seront l'échappée, l'unique, de Fréneuse.
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