«C'est le dernier recours des hommes blancs traqués, volés, dépouillés, assassinés par les Sémites, et qui retrouvent aujourd'hui la force de se dégager de l'abominable étreinte. Mort ! Mort au Juif ! Oui. Répétons. Répétons-le. Mort ! M.O.R.T AU JUIF ! Là !»
Et, avec une satisfaction amère, pensant à la Juive que j'aimais d'un amour fou et que je voulais sauver plus que moi-même, je signai - de même que je signerai tout à l'heure cette lettre à vous destinée, Monsieur le Commandant -, je signai, à grands traits rageurs de mon stylo : Paul-Jean Husson.
Écrivain et académicien dans le Paris de l'avant-guerre, Paul-Jean Husson s'est désormais retiré dans une petite ville de Normandie pour se consacrer à son oeuvre, émaillée d'un antisémitisme «patriotique». Lorsque la guerre éclate et que son fils Olivier rejoint la France libre, il prend en charge la protection de sa belle-fille, Use, une Allemande aux traits aryens et à la blondeur lumineuse. Sa beauté fait surgir en lui un éblouissement bientôt en contradiction avec toutes ses valeurs, car il découvre qu'Use est juive, sans toutefois parvenir à brider l'élan qui le consume. Peu à peu, l'univers si confortable du grand écrivain pétainiste, modèle de bon bourgeois enkysté dans ses ambivalences, vacille. Les secrets de familles sortent comme autant de cadavres de leurs placards et à l'heure où son existence torturée est percée à jour par une Occupation aux effets ontologiques imprévisibles, seule une lettre adressée au commandant de la Kreiskommandantur peut permettre à Husson de sauver la face.
C'est en salaud imaginaire que Romain Slocombe porte en lui une lettre jamais écrite, une lettre de délation ; il prouve ainsi que la part la plus vile de l'âme humaine ne trouve de meilleure place où se révéler que dans le genre épistolaire.
° ° °
Photographe, cinéaste, peintre, illustrateur, traducteur et écrivain, Romain Slocombe réconcilie depuis plus de trente-cinq ans le roman noir, l'avant-garde artistique et l'univers underground de la contre-culture américaine ou japonaise. C'est avec un humour élégant, très british, que Romain Slocombe aime aborder des sujets grinçants, tout en donnant forme à des univers minutieusement extraits de son imagination sans limite. Il s'offre le paradoxe d'une écriture documentée et de sujets très contemporains, notamment dans sa fascination pour la violence, le bondage, le rapport entre image et écrit, les écarts et accointances des civilisations européenne et japonaise. En quarante ans de travail, tandis que les expositions de ses oeuvres photographiques le faisaient connaître dans le monde entier, il s'est forgé une place à part dans les meilleures maisons d'édition françaises (Gallimard, Fayard, les Presses Universitaires de France). Outre la fameuse tétralogie La Crucifixion en jaune, il est auteur de polars accompli {Envoyez la fracture !, Mortelle résidence). Spécialiste incontesté de l'imagerie japonaise, sa longue collaboration avec Roland Jaccard (culminant avec Sugar Babies et Retour à Vienne) a contribué à souligner sa singularité dans notre panorama littéraire. Éclectique savant dans une époque qui ne connaît que les dilettantes zappeurs, il peut fièrement revendiquer ses héritages, de Topor à Huysmans en passant par Chesterton ou Jack O'Connell.
Et, avec une satisfaction amère, pensant à la Juive que j'aimais d'un amour fou et que je voulais sauver plus que moi-même, je signai - de même que je signerai tout à l'heure cette lettre à vous destinée, Monsieur le Commandant -, je signai, à grands traits rageurs de mon stylo : Paul-Jean Husson.
Écrivain et académicien dans le Paris de l'avant-guerre, Paul-Jean Husson s'est désormais retiré dans une petite ville de Normandie pour se consacrer à son oeuvre, émaillée d'un antisémitisme «patriotique». Lorsque la guerre éclate et que son fils Olivier rejoint la France libre, il prend en charge la protection de sa belle-fille, Use, une Allemande aux traits aryens et à la blondeur lumineuse. Sa beauté fait surgir en lui un éblouissement bientôt en contradiction avec toutes ses valeurs, car il découvre qu'Use est juive, sans toutefois parvenir à brider l'élan qui le consume. Peu à peu, l'univers si confortable du grand écrivain pétainiste, modèle de bon bourgeois enkysté dans ses ambivalences, vacille. Les secrets de familles sortent comme autant de cadavres de leurs placards et à l'heure où son existence torturée est percée à jour par une Occupation aux effets ontologiques imprévisibles, seule une lettre adressée au commandant de la Kreiskommandantur peut permettre à Husson de sauver la face.
C'est en salaud imaginaire que Romain Slocombe porte en lui une lettre jamais écrite, une lettre de délation ; il prouve ainsi que la part la plus vile de l'âme humaine ne trouve de meilleure place où se révéler que dans le genre épistolaire.
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Photographe, cinéaste, peintre, illustrateur, traducteur et écrivain, Romain Slocombe réconcilie depuis plus de trente-cinq ans le roman noir, l'avant-garde artistique et l'univers underground de la contre-culture américaine ou japonaise. C'est avec un humour élégant, très british, que Romain Slocombe aime aborder des sujets grinçants, tout en donnant forme à des univers minutieusement extraits de son imagination sans limite. Il s'offre le paradoxe d'une écriture documentée et de sujets très contemporains, notamment dans sa fascination pour la violence, le bondage, le rapport entre image et écrit, les écarts et accointances des civilisations européenne et japonaise. En quarante ans de travail, tandis que les expositions de ses oeuvres photographiques le faisaient connaître dans le monde entier, il s'est forgé une place à part dans les meilleures maisons d'édition françaises (Gallimard, Fayard, les Presses Universitaires de France). Outre la fameuse tétralogie La Crucifixion en jaune, il est auteur de polars accompli {Envoyez la fracture !, Mortelle résidence). Spécialiste incontesté de l'imagerie japonaise, sa longue collaboration avec Roland Jaccard (culminant avec Sugar Babies et Retour à Vienne) a contribué à souligner sa singularité dans notre panorama littéraire. Éclectique savant dans une époque qui ne connaît que les dilettantes zappeurs, il peut fièrement revendiquer ses héritages, de Topor à Huysmans en passant par Chesterton ou Jack O'Connell.
