J'aimerais commencer une petite série sur quelques galettes de ce saxophoniste bien connu (
Joshua Redman), histoire de raconter un peu son parcours et puis chroniquer quelques galettes... Parmi les disques sortis dans les années 90 et qui me paraissent incontournables, faut reconnaître que celui-ci figure en bonne place. Aujourd'hui encore, nous sommes nombreux à penser qu'il s'agit de son meilleur album (cela dit,
James Farm qui vient de sortir chez Nonesuch pourrait bien le rejoindre dans cette "catégorie"...). Sorti sur le label Warner en 1994, "Mood Swing" fit l'effet d'une "bombe" dans le milieu jazzistique... Le public et la presse s'emballèrent. Et y avait de quoi. Compositions inoubliables, rythmique superlative, sonorités magnifiques, liberté inouïe, un jazz loin d'être "cérébral", et un équilibre parfait entre morceaux pêchus et de ballades aux contours poétiques... Bref, "Mood Swing" doit son succès à toutes ces qualités. Mais la presse commit alors une grossière erreur... en comparant le jeune homme à
Sonny Rollins et même à
John Coltrane... C'était aller un peu vite en besogne... Au milieu des années 90, et après la parution de cet opus, le saxophoniste faisait donc figure de jeune prodige du sax ténor et porter si haut ce musicien allait forcément avoir des conséquences... Le public et la presse attendraient la confirmation (concerts, disques suivants)...
Faut reconnaître aussi que "Mood Swing" donne le sentiment d'avoir à faire à un collectif extrêmement bien soudé et surtout sans égo (nous ne sommes vraiment pas en présence d'un leadeur accompagné de trois musiciens, mais quatre musiciens formant une même voix)... Joshua Redman compose tous les morceaux et signe même les notes de pochette (assez amusantes par ailleurs)... Le galopin (il n'a alors que 25 ans) est inspiré (aucun doute là-dessus), n'a peur de rien et ses comparses non plus. A ses côtés, que de jeunes prodiges:
Brad Mehldau au piano (24 ans),
Christian McBride à la contrebasse (22 ans) et
Brian Blade à la batterie (23 ans). La musique est fluide, belle, enlevée, et toujours accessible. C'est un jazz très contemporain, et très new-yorkais dans l'âme, finalement. Le cinéma va même s'emparer de sa musique. Prenez par exemple un cinéaste comme Louis Malle. Pour son dernier film tourné en plein coeur de New-York - voir le très réussi
Vanya, 42ème rue (une sorte de docu-fiction sur la pièce de Tchékhov) -, le cinéaste s'approprie Mood Swing de façon étonnante, donnant à l'ensemble de son film un rythme incroyable... (rappelons que ce film tourne autour d'une troupe de théâtre, ses frasques, ses répétitions -les acteurs sont tous brillants et filmés avec beaucoup de talent, tandis qu'ils répètent, déambulent dans les rues de NYC, pour discuter de cette pièce de Tchékhov...)
Mais revenons à ce Mood Swing. Le titre est parfait et parle de lui-même. En effet, la musique qui nous est offerte est un condensé des "clichés" que l'on a parfois sur le jazz: ambiance urbaine, atmosphère nocturne, et un swing ravageur. Redman joue des mélodies mais parfois tourne autour, joue rubato, crée des surprises en passant du super grave au super aigu. Ses interlocuteurs sont alors les meilleurs techniciens du moment et donnent une fraîcheur incroyable à cette Musique qui semblait tomber dans une impasse depuis la mort de Stan Getz, puis celle de Miles (respectivement en juin et septembre 1991). Quant à Brian Blade, il joue plus en ternaire qu'en binaire, et devient lui-aussi une sacrée révélation, qui se confirmera au fil des années. Pas pour rien que
Wayne Shorter le prendra sous ses ailes... Bref, ce disque figure comme une pierre angulaire dans le monde jazzistique, un disque qui non seulement se bonifie avec le temps mais reste toujours aussi frais. A servir bien frais avec des glaçons.
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com dédié à François, je sais qu'il est très friand de ces galettes sorties dans les années 90. Bonne écoute amigo !