Le célèbre disque de Pink Floyd déclinait en 9 thèmes tout ce qui pouvait conduire l'être humain à la folie.
Moon Palace en est l'équivalent littéraire. Certains argueront que l'univers New Yorkais d'Auster n'a que peu à voir avec le groupe de Roger Waters. Je leur répondrais que dans la trilogie New Yorkaise , Auster écrivait que les oeuvres d'art n'ont de valeur que si elles correspondent entre elles ! Une phrase de Roger Waters pourrait résumer ce livre : "IM YOU AND WHAT I SEE IS ME ".
Un Jeune homme hérite de son oncle de 1200 livres . Il va s'en servir pour aménager sa chambre, dormir, manger dessus et bien sûr les lire. Sans le sou , il va bientôt prendre la décision de transformer sa vie en oeuvre d'art et décide de ne plus interférer dans les événements de sa vie , de se laisser porter par son destin sans rien y toucher.
Ce choix nihiliste le conduira dans la première partie au bord de la folie et de la marginalité (1ère partie). En quête de rédemption, il va trouver du travail chez un vieil acariâtre qui a simulé sa mort pour refaire sa vie (2ème partie). En rédigeant sa biographie il va retrouver la trace de son père qu'il croyait mort ( 3ème partie) .
C'est le début d'un hallucinant voyage au bout de soi-même où Marcus Fogg va tour à tour rencontrer plusieurs figures paternelles qui vont tous lui transmettre un héritage financier et spirituel qu'il finira par dilapider .
Comme d'habitude, il est difficile de raconter un roman d'Auster sans s'arracher les cheveux face à l'imbrication en poupées russes de récits dans le récit. Comme les gratte-ciel de New York qu'Auster affectionne, la structure du livre donne le vertige et , toujours avec ce style limpide qui le caractérise, il aborde et développe de manière fascinante ses thèmes de prédilection : la solitude existentielle de l'homme , les troubles de l'identité , les SDF , la folie liée à l'écriture, la quête du père , l'argent et l'imbrication des coïncidences et du destin .
Moon Palace est remplie de grosses ficelles et de quelques clichés : l'ouest Americain , l'histoire rocambolesque de la grotte d'Effing , l'identité de Barber , le fait que Fogg passe à deux doigts de la folie et s'en remette sans grandes séquelles psychologiques .
Mais le talent d'Auster est de savoir préserver le fil qui lie Fogg aux trois histoires du livre , de détourner des clichés de la littérature pour aborder des thèmes existentiels passionnants . Fogg assiste à sa mort mentale et à sa renaissance, devient lui-même en se confondant avec les destins exceptionnels qu'il va être amené à rencontrer.
A l'issue dune fin bouleversante, on se dit que tout cela n'est qu'un roman et serait impossible dans la vie réelle. Et pourtant ... malgré les terribles aventures que Fogg traverse à Central Park , il m'est arrivé de vouloir partager ce destin incroyable , d'adhérer à cette vision de l'existence où chaque événement apparemment anodin nous conduit vers quelque chose de profond , de beau et de douloureux .
Un grand livre d'un grand bonhomme.