Titre original : "Morocco", J. von Sternberg, 1930, NB, restauré.
Argument : une chanteuse de cabaret (Marlène Dietrich), à Mogador au Maroc, est partagée entre la sécurité d'un mariage avec un homme riche et aimable (Adolphe Menjou) et sa passion mal refrénée pour un légionnaire volage et tête brûlée (Gary Cooper).
Un roman de kiosque dont l'intrigue tient sur une feuille de papier à cigarettes, mais qui "sent bon le sable chaud" et que le talent de Sternberg, quoiqu'il ait tempéré ses ardeurs décoratives, sait mettre en valeur et en images, fort belles d'ailleurs : les clairs-obscurs des ruelles de Mogador, les avant-plans, bijoux, luminaires, arcades, découpant ou encadrant l'image - c'est une de ses signatures -, et puis l'ambiguité érotique, comme toujours : la femme en frac et l'homme une fleur à l'oreille.
Marlène, hélas, peu flattée par le maquillage, pour ce deuxième film avec Sternberg, après "L'Ange Bleu", tour à tour fragile et blasée, n'est pas femme fatale du tout; au contraire, c'est le légionnaire Brown, Gary Cooper, superbe avec sa certitude de damner les anges, qui est "homme fatal", séduisant et séducteur, entrainant sa conquête à sa suite, aux confins des déserts, pour une mort certaine. Car le happy end attendu, obligatoire, envolée lyrique de l'amour triomphant, ne peut voiler la fin sordide qui attend les deux amants : Manon et des Grieux agonisant de faim et de soif dans un horizon de sable.
Un joli petit film, qui a des lenteurs pour nos yeux d'aujourd'hui, mais que le parfum du temps, les images de Sternberg et le couple inoubiable formé par Gary Cooper et Marlène Dietrich doit rendre cher à tout amateur de cinéma.