Pour moi, le plus beau film du cinéma. Une méditation qui touche l'absolu, parce qu'elle prouve la Beauté, l'Art, l'Amour, la Passion, la Nature, l'Immortalité du souvenir.
Mais ce film ne serait peut être rien sans l'Adagietto de Mahler, compositeur de génie qui est aussi grand que Beethoven, à mon avis.
Dirk Bogarde est époustouflant : il parle dans ses silences, dans ses ruminations proustiennes. C'est aussi l'un des films les plus malsains qu'il m'ait été donné de voir - tout est épuré dans le profane, Visconti réussit à tirer une beauté du Mal, une ambiguïté dans cette relation à distance entre une figure androgyne et cet artiste possédé. Par son passé. Par son aspiration au beau absolu. Alors, quand il rencontre la Beauté dans toute sa perfection, il tremble, frissonne, et rentre "en" lui. Il ne parle presque jamais de tout le métrage. Dehors, un "soupçon" de choléra l'entoure, mais il est ailleurs. Il est en-dedans, il sait qu'il est déjà mort dès le premier regard. Il suit cette beauté qui le corrompt. Elle va partir, il ne la reverra jamais. Pour résister, il essaie de se parer du masque de la beauté, comme pour s'imprégner de ce spectre ; l'artifice n'est pas assez incarné. Sous le soleil vénitien, le masque fond. Alors, quand la beauté lui indique l'horizon, il touche l'éternité.