Encore une véritable Tuerie que ce film pourtant réalisé après l'insurpassable "Les Damnés" .
Porté par un acteur éblouissant, Dirk Bogarde, le film est presque une histoire muette dont la musique de Mahler serait le véritable langage, voire l'hagiographie.
En cela , la prestation de Bogarde constitue une véritable gageure pour un acteur : Le personnage est seul du début à la fin , n' a quasiment aucun interaction avec d'autres personnages et très peu de dialogues . Dès lors le jeu de Bogarde, tout en intellect , se concentre sur des regards , des attitudes physiques traduisant les tourments de Gustav von Aschenbach . Il faut voir la beauté des expressions de Borgarde où s'entrechoquent tout à tour fatalisme , espoirs déraisonnés , remords et mort.
Et dieu, qu'il est difficile d'incarner ce personnage tant le sujet adapté du livre de Thomas Mann était aussi mince que casse gueule : Un artiste de la bourgeoisie usé aux préoccupations esthétiques proche du dandysme se rend à Venise après une attaque cardiaque. Lors d'un diner , la beauté d'un mineur Androgyne le terrasse , et Aschenbach va devoir lutter entre cette passion dévastatrice et sa propre moralité.
Les adhérents de Famille de France peuvent dormir sur leurs deux oreilles, à aucun moment la passion ne sera consommée. L'odyssée ici est mentale, Aschenbach se consumera d'amour pour le jeune éphèbe jusqu'à en crever.
Et tout cela mis en scène avec la maestria de Visconti qui met certainement en scène son film le plus sensuel : en abandonnant le langage aux pieds du Désir , le film se concentre sur les autres sens : l'ouïe avec la musique de Mahler , la vue - entre Venise , la lumière de Visconti , la beauté de ses acteurs - il y a de quoi s'en mettre plein les mirettes , l'odorat avec la lente dégradation du personnage qui passe lentement des salons parfumés de la bourgeoisie à celle de la mort , celle de Venise inéluctable et la sienne toute aussi annoncée.
En fait , Mort à Venise est comme 2001 a Space Odysse , un film philosophique qui prend son temps et son sens dans l'inaction totale .Contemplatif , Aschenbach attend la mort en croyant la repousser .
Mort à Venise parle de notre condition d'humain déchirante entre la raison et la passion, la beauté et la décrépitude, la fin d'une époque oisive pleine de raffinements à l'aube de la première guerre mondiale.
Véritable commentaire social sur le culte des apparences, cette bourgeoisie se terre dans ses palaces en pensant échapper au Choléra .Quand Bogarde meurt comme un chien seul sur la plage , le premier reflexe des passants est de se protéger d'une possible maladie infectieuse alors que celui-ci vient de mourir le caeur brisé.
Très Proustien dans sa narration, proche de la peinture impressionniste avec toutes ces ombrelles, Mort à Venise est un film bouleversant pour tous les spectateurs qui se donneront la peine de courtiser ce monument d'élégance.
Attention , contrairement à ce qui est « vendu » sur la jaquette , les bonus du film, un court making of et une galerie photo , ne dépassent pas 10 minutes.