Extrait de l'introduction
«Il n'y a pas des maux du corps et des maux de l'âme, les deux sont la même chose et les différences sont simplement construites parce que l'être humain est assez curieux pour concevoir l'individualité en deux parties» (Georg Groddeck)
Le début de l'ère médicale moderne fut historiquement fixé à l'époque où en Grèce exerçait Hippocrate (460 av. J.-C-375/351 av. J.-C.), le médecin le plus célèbre de l'Antiquité. En ce temps-là, le savoir médical se transmettait ordinairement de père en fils, bien qu'il existât déjà des écoles de médecine, non seulement à Cos en Grèce d'où Hippocrate était originaire, mais aussi à Crotone en Italie, Cyrène en Afrique du Nord et Cnide en Turquie. Il n'y avait alors pas de différence entre médecine officielle et médecine traditionnelle. La renommée de l'école de Cos a perduré durant plusieurs siècles et ce, bien après que Xénophon, médecin de l'Empereur Claude (10 av. J.-C.-54 après J.-C.) y eut été formé. Par la suite, cette éminente école fut supplantée dans le monde antique par celle d'Alexandrie. Toutefois, les textes et écrits en provenance de Grèce continuèrent d'être analysés par les érudits de la célèbre bibliothèque.
Hippocrate, à qui nous devons le serment que tous les médecins s'engagent à respecter, a défini l'art de soigner par une phrase intemporelle sur laquelle tous les thérapeutes devraient méditer : «L'art est long, la vie courte, l'occasion fugitive, l'expérimentation dangereuse, le raisonnement difficile ; il faut non seulement faire soi-même ce qui convient mais encore être secondé par le malade, par ceux qui l'assistent et par les choses extérieures». Ceci revient à dire que le médecin et ses remèdes ne peuvent être efficaces si le malade n'a pas la volonté de guérir, si son entourage ne l'y aide pas et si les événements extérieurs ne lui sont pas favorables. En conséquence, le malade guérit tout seul, les remèdes n'étant là que pour seconder la nature.
Il y a 2 500 ans, un savant avait compris et écrit que le corps obéissait à des lois complexes, où l'esprit et l'environnement affectif jouaient un rôle tellement fondamental que la guérison était impossible sans ces paramètres. La pensée d'Hippocrate est toujours d'actualité, elle conserve toute sa pertinence et donne à réfléchir sur la fatuité et la vanité de certains apprentis sorciers, se qualifiant de thérapeutes modernes.
Le corps et l'esprit sont deux entités souvent opposées dans le cadre de la médecine actuelle, qui se plaît à classer, étiqueter et ranger dans des cases bien distinctes tout ce qui se rapporte à l'être humain. L'opposition entre un corps que l'on peut examiner, palper et explorer à l'aide d'une technologie de plus en plus sophistiquée, permettant de visualiser la maladie d'une part, et d'autre part, un esprit qui correspond à une zone obscure, variable selon les individus, un monde inconnu où l'on avancerait en aveugle, est artificielle et erronée.
Comme le prouvent les expressions "Mourir d'amour" ou "Mourir de chagrin", face à un traumatisme, il arrive que nous soyons durablement submergés par l'émotion et le cerveau qui devrait commander et proposer des solutions est alors complètement dépassé. C'est le corps qui va venir à sa rescousse, lui qui est pourtant notoirement incompétent pour régler un problème psychique. Doué d'une énergie propre et hors contrôle, il va développer une série de réponses inadéquates qui s'appellent les maladies psychosomatiques. On dit que la personne somatise c'est-à-dire exprime dans son corps un malaise spirituel ou psychique. Ce livre novateur tente d'analyser ce phénomène à partir de récits et de faits véritables et propose une trame de solutions pour dénouer les liens qui se sont établis entre les différents types d'émotion et leur localisation physique. La méthode consiste à revenir à l'émotion première qui est à l'origine du désordre ressenti, d'où son nom de thérapie par l'émotion (Gefuhltherapie) et son objectif, qui est d'en reprendre le contrôle.