Magistral discours, grandiose, écrit et déclamé par André Malraux au pied du Panthéon, dans cette journée venteuse et hivernale du 19 décembre 1964 que le document cinématographique de l'INA nous rappelle avec tant d'émotion ; l'hommage de la Nation à nouveau unie (après la guerre d'Algérie) autour de l'un de ses plus grands Héros de son Histoire, recevant le corps de Jean Moulin. L'épreuve vécue par ce grand homme, transcrite par son secrétaire officier du BCRA, royaliste, Daniel Cordier (
Alias Caracalla), mais aussi ébauchée avec tant d'abnégations dans son refus de signer un texte raciste imposé par l'envahisseur allemand, en juin 1944, à charge des vaillantes troupes coloniales noires, au préfet d'Eure et Loir qu'il était, vaillant à son poste, le conduisit à tenter de se suicider (
Premier combat). Cet homme réussit à unifier les mouvements de la Résistance et bâtit le CNR dont nous profitons encore de ses chefs d'oeuvre (la Sécurité Sociale, le système de retraite, ...). Unification des citoyens libres dans une démocratie qui se préparait à renaître, qui fournissait ses premiers bataillons de troupes pour assister les opérations ultérieures des débarquements en Normandie et en Provence, nécessité ô combien crucial pour De Gaulle à Alger, afin d'asseoir sa légitimité populaire face à Roosevelt, dans son combat contre Darlan, l'homme de la collaboration vichyste choisi par les Américains, puis après son assassinat par un royaliste, contre Giraud.
"Comme Leclerc entra aux Invalides, avec son cortège d'exaltation dans le soleil d'Afrique, entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l'un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l'ombre et disparu avec elle - nos frères dans l'ordre de la Nuit..."
Il faut savoir tremper régulièrement le fer de son épée à la forge de l'Histoire de France, écrite avec le sang, pour se dégager l'horizon de son combat citoyen.
L'ouvrage se poursuit par deux textes écrits et lus de l'écrivain allemand Thomas Mann, réfugié aux Etats-Unis, qui saluent notamment l'esprit de résistance d'une certaine jeunesse allemande et tout particulièrement celle de la Rose Blanche (lire :
La rose blanche de Inge Scholl,
La rose et l'edelweiss : Ces ados qui combattaient le nazisme, 1933-1945 de Roger Faligot et voir
Sophie Scholl mais aussi, de son fils, Klaus Mann
Contre la barbarie : 1925-1948).
"(...) A présent, leurs yeux se sont ouverts et ils mettent leur tête juvénile sur le billot, en témoignage de leur foi et pour l'honneur de l'Allemagne...; ils l'y mettent après avoir déclaré, en plein visage, au président du tribunal nazi : 'Bientôt, c'est vous qui serez là où je suis'; après avoir affirmé face à la mort : 'Il naît une foi nouvelle, la foi en l'honneur et en la liberté.' Courageux, magnifiques jeunes gens !"
"Ein neuer Glaube dämmert an Freiheit und Ehre !" - c'est la devise qui devrait orner les statuts de la BCE !