Quand on approche à distance le Mount Analogue de John Zorn - dont c'est ici la première offrande de 2012 - on y entend un enchaînement de saynètes explorant à peu près (versant bruitiste excepté) tous les domaines que l'hyperactif compositeur New Yorkais à l'habitude de visiter: un peu de jazz, un peu de classique contemporain, un peu de klezmer et même (dernière addition au tableau), un peu d'easy-listenning exotique à la manière des ses épatants Dreamers. Rien de bien neuf donc mais l'ensemble est agréable. Et si le cousinage avec d'anciennes compositions est évident, c'est que cette pièce est nourrie de l'identité créatrice du maître, de son style.
Quand on explore, écoute après écoute, cet assemblage, il se révèle en fait en aeuvre cohérente avec des motifs mélodiques revenant périodiquement, un esprit varié mais jamais hétéroclite servi par une formation dévouée et inspirée où on remarque en particulier les formidables performances de Brian Marsella et Kenny Wollesen. Certes, tout ceci aurait pu être découpé en environ une dizaine de pistes indépendantes -ce qui aurait permis à tout un chacun d'y picorer à loisir - mais le choix de l'unicité fait sens car l'aeuvre est une et indivisible de part son concept (inspiré de la vie et des théories du mystique, Georges Ivanovitch Gurdieff) et le choix d'un compositeur se refusant aux dictats d'une industrie qui lui est étrangère.
Cette indépendance, ce refus du compromis, transparaissent dans cette pièce où, 39 minutes durant, Zorn nous ballade dans un voyage spirituel au caeur d'un monde à nul autre pareil, le sien, où rien n'est jamais aussi simple qu'il y parait.
Personnel:
- Cyro Baptista: percussions, voix
- Shanir Ezra Blumenkranz: basse, oud, gimbri, voix
- Tim Keiper: calabash, batterie, percussions, voix
- Brian Marsella: piano, orgue, voix
- Kenny Wollesen: vibraphone, chimes, voix