La principale oeuvre de ce disque est le concerto pour clarinette K. 622. Jack Brymer l'a enregistré trois fois et à chaque fois la réussite a été au rendez-vous. La version avec Colin Davis souffre d'un orchestre plus massif et d'une direction plus rigide que celle-ci, qui est donc particulièrement recommandable. La première version avec Sir Thomas Beecham, un peu trop lente et enregistrée avec une technique plus ancienne, a aussi de grands mérites. Je ne peux pas dire si Jack Brymer, plus jeune, avait de ce fait un surcroît de virtuosité, car j'ai entendu ce premier enregistrement il y a trop longtemps. De toute façon Jack Brymer n'avait que 56 ans en 1971 lorsqu'il a enregistré le présent disque.
Comme d'habitude la sonorité de Brymer, un des meilleurs clarinettistes du siècle dernier, est magnifique. Ample et sensuelle, mais pas pesamment hédoniste, on a l'impression qu'on pourrait en dessiner les contours, ce qui l'oppose à des clarinettes plus vaporeuses. L'Académie de saint Martin des Champs, de Londres, est un ensemble très précis et virtuose, d'une grande finesse, et la direction de Marriner est souple et vivante, si bien qu'il serait difficile de trouver un vrai défaut à cette version du concerto, d'autant plus que la prise de son a la pureté qui caractérisait la défunte marque de disques Philips.
Pourtant, Jack Brymer n'efface pas pour moi dans cette oeuvre le souvenir de François Etienne, clarinettiste étrangement oublié des rééditions, sauf erreur de ma part. D'autre part, le style équilibré de Marriner n'a pas toujours très bien vieilli, puisque nous pouvons avoir tendance maintenant à entendre cet équilibre comme un manque d'engagement et de personnalité, mais ce n'est pas ce disque qui mérite le plus ces critiques. L'édition du concerto utilisée ici a supprimé les notes trop graves que la clarinette de basset, utilisée à l'époque de Mozart mais aussitôt disparue, pouvait jouer. Il existe peut-être maintenant des enregistrements du concerto dans sa version d'origine.
A cette radieuse interprétation du concerto pour clarinette s'ajoute le concerto pour hautbois en ut K. 314 (ou 271k), qui est probablement, selon les musicologues, la version primitive du concerto pour flûte en ré, K. 314. Cette oeuvre de 1777 n'est pas un sommet comparable au concerto pour clarinette, mais son interprétation par Neil Black et Neville Marriner bénéficie des mêmes qualités. Neil Black est un très grand virtuose de son instrument, toutefois je n'ai pas assez entendu d'enregistrements du concerto pour hautbois pour placer celui-ci par rapport aux versions concurrentes. Si je lis correctement les indications portées sur le catalogue d'Amazon, il existe un autre disque qui comprend en plus le concerto pour basson et dont les interprétations de K.622 et de K. 314 seraient les mêmes.