Critique
C’est simplement pour mémoire que l’on rappellera que la louve aux yeux clairs (lorsqu’elle ne fait pas résonner son clavier, la virtuose se consacre à sa fondation au bénéfice de ces canidés) a parfaitement su gérer son passé d’enfant prodige, s’imposant, avec l’insoumission caractéristique des talents avérés, sur une scène internationale sclérosée par le conformisme. Aller à l’essentiel sans affèteries reste sa marque de fabrique, comme en témoigne l’intitulé séminal de son premier album entièrement consacré à des œuvres du génie de Salzbourg (et sans nul doute pour également faire taire des critiques, qui avaient fustigé de récents enregistrements trop polymorphes ou dispersés, comme cet opus consacré à des œuvres d’Europe centrale), et pour la plus grande part enregistré face à une audience, également une première si l’on considère que simplement quelques dvds en public avaient en ce qui la concerne ouvert le bal en la matière.
Hélène Grimaud est ici rejointe par la soprano allemande Mojca Erdmann, dont on connaît l’attachement pour les opéras du Maître, dans deux pièces extraites de la version concertante d’Idomeneo, Re di Creta (Idoménée), en un troublant jeu de miroirs, où piano et voix incarnent la perspective sexuée des jeux de l’amour et du fracas, et dans lequel l’épuisement final n’en sanctifie pas moins le triomphe de la passion. La pianiste est en outre soutenue dans l’exercice par l’Orchestre de Chambre des Orchestres Symphoniques de la radio bavaroise, avec lequel elle avait enregistré un disque consacré à Bach, et dont le leader reste Radoslwa Szulc...tout en précisant que la formation a été placée sous la direction directe de la pianiste.
Les deux pièces majeures de cet enregistrement restent deux concertos pour piano : le Concerto n°19 (en fa majeur K. 459) ne dissimule qu’à grand-peine, sous un air martial et insouciant à la fois – tel qu’il fut joué pour le couronnement de Léopold II, élevant l’art de la marche à un niveau de perfection habitée - un profond désenchantement, et la mélancolie de l’enfance enfuie. Dans cette dignité voilée de tristesse, et le déchirement qui se pare du masque de la légèreté, la partition atteint des sommets de sublime. Dans la seconde pièce, le Concerto n°23 (en la majeur K. 488), Hélène Grimaud, qui considère la pièce comme le plus sublime concerto jamais composé par Mozart, habite avec ferveur et fièvre une partition évocatrice de la pire des douleurs : celle du souvenir.
Jouant avec les cadences, la pianiste s’approprie cette nostalgie dévorante, à la fois imprimant sa sensibilité dans cette lecture de l’œuvre, à la fois se plaçant dans la glorieuse continuité des immenses interprètes du siècle dernier (on connaît son attachement en la matière à Vladimir Horowitz).
Chez Mozart, la frontière est ténue entre vertige de la chose parfaite, surabondance de partitions comme autant d’incunables, et fêlure intime traçant son sillon dans les fondamentaux de l’âme humaine : rayonnante, dans la perfection du geste et de la sensibilité, et pour avoir parfaitement saisi cette complémentarité entre blessure et dignité joyeuse, Hélène Grimaud s’y tient dans le triomphe de ces interprétations.
Christian Larrède - Copyright 2013 Music Story
Description du produit
Deux grandes premiéres pour Héléne Grimaud : - son 1er disque MOZART est aussi son 1er enregistrement live ! Hélène Grimaud enregistre pour la première fois un album entièrement consacré à Mozart et interprète les Concertos n°19 et 23 sur lesquels elle dirige elle-même, depuis son piano, l'Orchestre de Chambre de la Radio Bavaroise, avec lequel elle avait enregistré son album Bach. Hélène Grimaud considère le célèbre second mouvement du Concerto n°23 en La majeur comme "probablement le plus sublime que Mozart ait composé. Il vient du coeur". Quant au Concerto n°19 en Fa majeur, moins connu, il représente pour elle "le plus pur plaisir pianistique", de par sa vitalité et sa virtuosité. Ce programme ambitieux est couronné par un air de concert Ch'io mi scordi te, interprété par Mojca Erdmann. Le timbre cristallin de la jeune soprano Allemande est idéal pour cet air gracieux, déclaration d'amour de Mozart à la soprano Nancy Storace. Un album qui touche au sublime...