Commentaire rédigé à partir de l'ancienne édition encore en vente
Cosi fan tutte.
On peut être gêné de mettre 5 étoiles à Karajan (il en faudrait 6) et à Solti, mais il faut se garder de rester attaché à une interprétation ancienne au point de ne pas apprécier les nouvelles; aussi cette version, avec son caractère propre, mérite sa note. Fatalement je ne pourrai m'empêcher de comparer avec le Così de Karajan, qui reste de loin celui que j'écoute le plus souvent.
Cette version assez récente (1994), enregistrée en public, n'a évidemment pas toute l'ambiguïté ironique du miracle réalisé en 1954 par Karajan (personne ne l'a eue). Les chanteurs, globalement remarquables, même si Ferrando semble toujours chercher son registre, ne sont pas toujours assez différenciés comme il l'étaient dans cette dernière version, ils n'ont pas autant d'individualité. Même si Solti a su se remettre en question à la fin de sa vie, sa baguette reste un peu péremptoire pour cet opéra où il doit y avoir toujours autre chose derrière ce qui est dit et ce qui apparait. Toutefois de nombreux passages ont cette suavité souriante qui est la meilleure porte d'entrée dans Così alors que d'autres sont seulement énergiques. On a tout de même là celle que beaucoup considèrent comme la meilleure version du chef-d'oeuvre en haute fidélité. Je ne les connais pas toutes, aussi je ne préciserai pas davantage. Quant à Jacobs... un jour je ferai peut-être une évaluation.
D'ailleurs l'énergie un peu unidimensionnelle des interventions de l'orchestre contribue à la vie théâtrale de cet enregistrement, à une griserie au premier degré. C'est en cela que, moins parfaite, moins léchée que celle de Böhm en 1962, d'ailleurs c'eût été impossible hors du studio, cette version est bien plus vivante et joyeuse. On appréciera la netteté, on regrettera peut être l'absence d'alanguissements ou de respirations qui auraient donné sa part au doute, au second degré, sans laquelle aucun Cosi n'est vraiment complet. Ajoutons que les coupures traditionnelles dans les versions anciennes n'ont pas été opérées ici et que le texte est donc très complet; ce n'est pas sans importance, car la suppression de certains passages pouvait nuire à l'interprétation des intentions de Da Ponte et Mozart.
Cet enregistrement ne doit pas être confondu avec un autre de Solti, de vingt ans plus ancien, avec Lorengar et Berganza dans les rôles des deux soeurs et Baquier dans celui d'Alfonso; je l'ai entendu il y a trop longtemps pour en dire quelque chose de précis, mais je n'en ai pas gardé le souvenir d'une interprétation absolument nécessaire.
Fiordiligi : Renée FLEMING.
Dorabella : Anne Sofie von OTTER.
Ferrando : Frank LOPARDO.
Guglielmo : Olaf BÄR.
Despina : Adelina SCARABELLI.
Don Alfonso : Michele PERTUSI.
Orchestre de Chambre d'Europe.