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5.0 étoiles sur 5
Quelle direction !, 31 décembre 2011
La Clemenza di Tito est-il un chef-d'oeuvre ou un opéra raté ? Entre les deux, dirons-nous. Par manque de temps, Mozart a dû confier les récitatifs à Süssmayr, assez compétent mais banal et limité. Le livret tiré de Métastase a été revu par Caterino Mazzolà, que Mozart a loué; mais il reste assez inconsistant et invraisemblable, avec notamment un Sesto qui passe d'un extrême à l'autre, de l'amitié à la trahison. En tant qu'auditeur ou spectateur, on peut tolérer un personnage qui a une âme de serpillière (de sinse ou de wassingue si vous préférez), on admet moins la rapidité de ses changements, on n'y croit pas. Or, par nature, l'opera seria ne permet ni l'ambiguïté de Così ni le comique caricatural, qui font tout passer. On ne croit guère non plus au personnage de Tito (Titus), dont on comprend qu'il a été imaginé à une époque d'idéalisme politique, qui ne comprenait plus Le Prince de Machiavel, tant il pousse l'indulgence jusqu'à un véritable appel au coup d'Etat, en particulier dans un dialogue avec Publio qui n'apparait pas dans tous les enregistrements. Le Titus historique, dont les vertus et mérites ont été loués des historiens, n'a régné que deux ans et c'est la peste qui a mis fin à son règne, mais s'il s'était comporté ainsi, il n'aurait pas tenu trois mois. Les personnages sont peu nombreux, mais du fait de la présence de rôles travestis, quatre sur six tournent autour de la tessiture de mezzo ou de soprano : il faut donc suivre le livret pour ne pas être perdu. Mais il y a ce que Mozart a composé lui-même, récitatifs accompagnés et airs, qui est souvent du meilleur Mozart, où on retrouve, ce qui est normal, des ressemblances avec Così fan Tutte sans qu'on ait l'impression que Mozart se soit plagié lui-même, parce que l'ensemble de ces morceaux à une vraie personnalité.
La version Kertesz souffre de coupures, dont tout le premier récitatif, ce qui ne facilite pas la compréhension au début. Mais dès l'ouverture on admire cette direction fine, nerveuse, claire, racée, dramatique, avec des Wiener Philharmoniker ("Opéra d'Etat de Vienne") qui ont compris qui les mène; les solistes et le choeur en seront électrisés tout au long de l'opéra. La distribution est excellente, même pour les solistes les moins connus (Maria Casula, qui certes n'atteint pas la caractérisation de Janet Baker dans la version C. Davis, Tugomir Franc). J'admire notamment le Titus de Werner Krenn (dont on comprend qu'il ait pu remplacer Wunderlich pour les récitatifs de la fameuse Création de Karajan sans pratiquement qu'on s'en aperçoive si on ne lit pas la distribution), la splendide Berganza dans le rôle de Sesto et Lucia Popp dans le rôle de Servilia.
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