L'amateur est souvent perdu devant la discographie abondante d'une même oeuvre en musique classique, surtout s'il s'agit d'un "tube" du répertoire doublé d'une dimension mystique largement véhiculée depuis sa création, notamment par le film "Amadeus" de Milos Forman. Le Requiem de Mozart pose un vrai problème à l'amateur tant les versions abondent et parfois divergent.
Deutsche Grammophon a eu la bonne idée de rééditer cet enregistrement berlino-autrichien de 1962, le premier de Karajan (d'autres suivront en 1976 et 1986).
Et pour moi, cette première fois est la bonne. Le connaisseur de Karajan, mais pas seulement lui, sera d'abord surpris par des tempos lents, d'aucuns diront apaisés, j'ajouterai volontiers recueillis. De façon évidente Karajan est entré dans l'oeuvre avec humilité et une ferveur assez romantique l'amenant à dérouler les registres avec une certaine emphase réellement bienvenue. Pas de lyrisme excessif, juste une accentuation des masses sonores quand la partition le suggère.
Très fervent admirateur de Maria Stadder, j'attendais avec intérêt la prestation de la soprano Wilma Lipp dont la voix est une réelle splendeur. Mais ses partenaires ne dépareillent pas, notamment la basse de William Perry. C'est ici sans doute un des "Tuba mirum" les plus structuré et équilibré qu'il m'a été donné d'entendre dans les nombreuses versions du requiem.
Le Wiener Singverein est à la hauteur de sa réputation, même si, sans doute est-ce du à la prise de son, il paraît moins chaleureux et puissant qu'à son accoutumée. Ou bien l'intention de Karajan était bel et bien de donner une certaine profondeur sombre à ce registre.
Pour finir, le Berliner sous la baguette de Karajan est une machine divinement efficace, même si on la sent parfois un peu moins à l'aise dans ce registre plus intimiste que dans d'autres pièces orchestrales où sa puissance peut s'exprimer sans retenue.
Au final, ma préférence va sans conteste à cette version par rapport aux versions ultérieures de Karajan. Elle tient la comparaison avec la version de Bôhm (plus académique) ou celle de N. Marriner, (plus chorale).
Bref un très beau requiem "philarmonique" où les dimensions religieuses et philosophiques de l'oeuvre sont très lisibles.