Entiché des musiques en vogue dans les clubs gay qu’il côtoie assidûment au début des années 80, Freddie Mercury entraîne Queen vers des sonorités relativement inhabituelles pour le groupe. En résulte
Hot Space (1982), dont les titres de la face A évoluent entre disco/funk et pop synthétique. La médiocrité du disque et son échec auprès des fans poussent le groupe à passer à autre chose. Mais Freddie Mercury n’entend pas en rester là. Et ce qu’il ne peut faire avec Queen, il décide de le faire en solo. Il collabore alors vaguement avec son ami Michael Jackson (pour des raisons contractuelles rien ne sera publié), puis enregistre son premier album, qui sort en 1985.
Sur
Mr. Bad Guy, le chanteur s’exprime donc sans les contraintes dues au travail collectif, ce qui lui permet d’explorer ses influences personnelles, du disco à la musique orchestrale. Et il joue de celles-ci avec cette sensibilité pop qui le caractérise. Le résultat est un album intime à la fois quant aux paroles et quant à la musique, et qui réserve son petit lot de surprises et de délectations. A l’image du morceau disco
« Living On My Own », l’un des meilleurs du disque et sans doute le plus connu – notamment pour avoir été remixé et réédité en 1992 (laquelle version est d’ailleurs nettement meilleure) –, qui offre de délicieuses parties de piano, notamment un surprenant et plaisant passage jazzy. Autres surprises : les arrangements orchestraux pompiers de
« Mr. Bad Guy », le tempo reggae de
« My Love Is Dangerous », ou la ballade vaguement politique
« There Must Be More To Life Than This » (initialement un duo avec Michael Jackson)… Hélas, quand Freddie Mercury se prend pour Lennon, cela prête à sourire.
Le très romantique
« Love me like there’s not tomorrow » est un morceau tendre et crémeux à souhait, avec des chœurs à la Queen ; quant à
« Man Made Paradise », il a de vagues relents beatlesien et un son de guitare qui rappelle un peu le Brian May des premiers Queen. Les fans du groupe reconnaîtront d’ailleurs deux titres plus tard retravaillés sur le posthume
Made In Heaven (
« I Was Born To Love You » et
« Made In Heaven »).
Les paroles de ce premier effort solo révèlent un homme introspectif, qui lève le masque plus que sur n’importe quel album de Queen. Comme presque toujours avec lui, il est question d’amour, thème décliné en dance entraînante ou en ballades mélancoliques. Freddie Mercury se montre grand romantique, lyrique, las des excès et du perpétuel jeu de masques, aspirant à la quiétude – ce qu’il répétera beaucoup par la suite dans ses interviews.
Deux décennies plus tard,
Mr. Bad Guy est un disque vieilli et franchement kitsch – ce qui est assez caractéristique de Freddie Mercury – même s’il reste, par instants, franchement entraînant.
The Freddie Mercury Album, qui reprend 5 titres de ce disque, est néanmoins plus recommandable, notamment parce que les remixes qu’il en propose sont rehaussés de parties de guitare et débarrassés des afféteries qui entachaient de bonnes compositions.
Mikaël Faujour - Copyright 2012 Music Story