Fureur et délire ! Bouffonnerie exultante ! Voici les rejetons déglingo-métalliques de Queen et de Frank Zappa, partageant avec les premiers le goût pour la grandiloquence et le kitsch, avec le second celui pour la bizarrerie expérimentale la plus dégingandée.
Mr. Bungle, éponyme premier album (officiel, en tout cas) de ces délirants Californiens est un fatras édifiant. Un pays étrange, un îlot musical, où leur metal décomplexé s’abreuve de rasades de rap, funk et easy-listening (
« Slowly Growing Deaf » ou
« Squeeze Me Macaroni »), où il s’acoquine avec le ska (
« Carousel »,
« Egg »), ou bien se gonfle jusqu’à la parodie en riffs et chœurs pompiers (
« The Girls Of Porn »,
« Love Is A Fist »). Décousu et fier de l’être,
Mr. Bungle a tout – insolence, aplomb, nature changeante – d’un adolescent capricieux. Assumant pleinement ses folies et incohérences, c’est sans gêne ni complexe que le sextuor jubilant enguirlande son metal avec tout ce qui lui passe sous la main ou par la tête : choeurs rock’n’roll (« Shoo-be-doo-wap », sur
« Squeeze Growing Deaf »), jazz, pop, musiques de cartoon (
« Stubb (A Dub) »), de cirque (
« Dead Goon ») ou interludes synthétiques kitsch ou expérimentaux.
Mr. Bungle, c’est l’adolescence bébête et décomplexée – avec ses parodies idiotes, ses évocations de la masturbation et du porno (
« The Girls Of Porn »), ses relents d’enfance (la musique de cartoon ou la comptine « Knick Knack Paddiwack » chantée sur le refrain de
« Squeeze Me Macaroni »*), ses références au metal eighties, aux jeux vidéos, à la pop culture (télévision, cinéma d’horreur, cartoons ou BD, à l’image de la pochette). Tour à tour féroce, insolent, pulsionnel, parodique, idiot, bouffon, drôle, ce disque est un premier album parmi les plus influents de l’histoire du metal, à l’égal des
Black Sabbath,
Kill’em All ou
Korn. Aboutissement de plusieurs demo-tapes sorties à l’adolescence,
Mr. Bungle est un concentré de la première période du groupe.
* Jonathan Davis, chanteur de Korn, reprendra d’ailleurs à son compte, peut-être en clin d’œil, cette comptine dans une chanson du premier album éponyme, en 1994.
Mikaël Faujour - Copyright 2013 Music Story