Plus encore que ses prédécesseurs, le onzième album de Lambchop, Mr. M, ne se livrera qu'à l'auditeur capable de s'en imprégner totalement, voire de s'y noyer au plus profond des entrelacs d'une texture musicale à la fois richissime et dépourvue de tout côté spectaculaire. Kurt Wagner et ses acolytes sont parvenus à une telle maîtrise de la subtilité sonore, à tant de raffinement émotionnel dans la gestion des ingrédients, que seul l'abandon de tout repère permet d'y trouver son chemin. Réalisé en souvenir de l'ami Vic Chesnutt, Mr. M est bien plus qu'un simple hommage à sa mémoire : en l'écoutant, on s'embarque un peu vers ce qu'aurait pu être l'univers musical, à imaginer aujourd'hui, d'un Vic Chesnutt toujours en vie, tant Kurt Wagner semble inspiré par celui qui a soutenu Lambchop dès sa création en 1993. Enfin, et dans l'exacte continuité des dix albums qui ont précédé Mr. M, la musique actuelle de Lambchop se singularise comme l'une des plus intensément artisanales, au sens le plus noble du terme, de toute la rock music. Un artisanat d'une telle facture, d'une telle authenticité, riche d'un tel vécu, qu'il se suffit largement à lui-même pour faire de ces 56 minutes un instant d'exception. En commentant la parution de ce disque, Kurt Wagner a simplement dit qu'il sentait que Lambchop avait encore un bon album de plus à réaliser. Que lui et ses amis continuent longtemps comme cela, car il n'existe, pour certaines oreilles, et à vrai dire pour certains c½urs, rien d'équivalent dans la sphère musicale pour avoir à la fois les pieds dans les copeaux de chapelets de notes et la tête près des étoiles scintillantes d'apesanteur sonore.