Voici un grand film qui traite du thème de la vengeance, érigée par les Etats en principe politique.
Le point de départ est le massacre de 11 athlètes israéliens par des terroristes palestiniens aux jeux olympiques de Munich en 1972.
Il s'en suit une action répressive organisée par les plus hautes autorités israéliennes, à l'encontre des assassins. Une équipe anonyme, située hors des circuits « officiels », est chargée de liquider les responsables de l'attentat de Munich.
Le film conduit à une sorte de descente aux enfers, où les vengeurs se convertissent à leur tour en assassins, où la motivation initiale qui pouvait sembler légitime, devient de plus en plus floue et contestable. D'un statut de chasseur, les vengeurs deviennent eux-mêmes gibier.
La conclusion est suggérée au spectateur : la vengeance n'est pas une solution, que l'on se situe sur un plan purement moral, ou sur un plan politique. Ceux qui ont été liquidés ont été remplacés par des gens encore plus radicaux. Les exactions n'ont pas été stoppées pour autant. La vengeance n'a rien apporté.
Spielberg n'épargne personne : si les terroristes palestiniens ne sortent pas grandis de cette affaire, les vengeurs israéliens n'ont pas gagné grand-chose.
Spielberg choisit une caméra très mobile, comme celle du Soldat Ryan. Il donne à son film un rythme de reportage tout à fait impressionnant. Les images sont magnifiques, tant dans les actions que dans les portraits des protagonistes. Les acteurs sont tous excellents parce que crédibles. Les reconstitutions sont excellentes : le Paris des années 70 - voitures, ameublement, costumes - se confond avec la réalité.
Dans ce film, Spielberg délaisse le cinéma de divertissement, pour privilégier une réflexion sur l'histoire et la politique.