La filmographie de Spielberg comporte beaucoup de réussites, quelques joyaux et malheureusement aussi deux ou trois ratages. Ce film, lui, appartient clairement à sa meilleure veine. C'est un thriller adulte, intelligemment construit, très bien joué, qui raconte comment le Mossad traqua impitoyablement les terroristes responsables du massacre des athlètes israéliens lors des JO de Munich, en 1972.
Le scénario nous balade aux quatre coins de l'Europe sans jamais virer au dépliant touristique et le casting, bien qu'international, n'a rien d'hétéroclite. Quant au message du film, il est finalement assez impartial. Bien sûr, tout ça nous est raconté par le prisme israélien, mais à plusieurs reprises, divers personnages plaident avec éloquence la cause palestinienne. Au bout du compte, nous dit Spielberg, Israéliens et Palestiniens veulent la même chose, un foyer, une terre à eux, un endroit qu'ils puissent appeler "home", le mot revient sans cesse et ce n'est pas un hasard.
Le problème, c'est que la violence est un engrenage. Chaque agression suscite une vengeance, qui elle-même suscite une autre agression, qui appelle une autre vengeance, et ainsi de suite... "There is no peace at the end of this..." déplore quelqu'un dans le film et, trente ans après ces événements, le temps, hélas, lui donne toujours raison. D'ailleurs, le plan final, à New York, qui semble annoncer les attentats du 11 septembre, symbolise bien cet engrenage fatal, ce cercle vicieux où la mort engendre la mort dans une litanie sans fin d'horreurs.
Ce film est donc à mon avis une excellente réussite qui explore de surcroît avec finesse les rouages ambigus du monde secret, un monde où vos propres amis (la CIA, en l'occurence) n'hésitent pas à vous mettre des bâtons dans les roues s'ils vous trouvent trop remuant. J'émettrai juste une petite réserve sur l'une des dernières scènes, celle qui fusionne les images d'Eric Bana faisant l'amour avec sa femme et le carnage de l'aéroport de Munich. Je ne vois pas trop ce que Spielberg voulait dire par ce montage qui laisse un arrière-goût étrange, un peu comme la scène des douches dans La Liste de Schindler. Mais hormis ce bémol tout personnel, c'est du grand et bon cinéma.