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Les premiers murmures d'un petit groupe qui allait devenir énorme. Nom énigmatique, pochette qui montre du lichen noyé dans la brume : les jeunes R.E.M. s'y entendaient pour entretenir le mystère. À l'époque, en 1983, la mode est aux synthés, aux clips et aux cheveux peroxydés. Toute une génération d'étudiants qui ne se reconnaît pas dans le miroir que lui présentent MTV et les radios adultes va choisir R.E.M. comme modèle. Leurs guitares arpégées, leurs harmonies de voix et l'humilité de leur démarche semblent d'abord les rapprocher du folk-rock des années soixante et de groupes comme les Byrds. Mais à y bien regarder de plus près, le R.E.M. des débuts est incomparable : le timbre à la fois lancinant et décidé de leur chanteur Michael Stipe, la poésie décalée de ses métaphores, la sécheresse de la rythmique, tout ceci est original et n'a rien à voir avec une quelconque nostalgie mal assumée. R.E.M. venait de nulle part et cela a sans doute fait son succès quand l'Amérique de Reagan était si sûre d'elle-même et si prévisible.
--Hubert Deshouse
Critique
On pourrait, bien sûr, expliquer facilement pourquoi
Murmur est un disque qui a marqué les esprits.
Dire que la personnalité du groupe se trouve déjà toute entière dans ce premier album. Ajouter qu’elle repose sur un jeu de contrastes permanent (entre les arpèges cristallins de Peter Buck, inspirés des Byrds, et le chant marmonné de Michael Stipe ; entre la sécheresse new wave de la rythmique et la chaleur folk-rock des mélodies...). Rappeler que ce disque se situe à l’exact carrefour temporel entre un post-punk déjà sur le déclin (le riff de
« 9-9 ») et une indie-pop naissante (à la même époque, en Angleterre, les Smiths, pour ne citer qu’eux, développent un son proche de celui de R.E.M. – la filiation Byrds, là encore). Conclure qu’il apparaît donc très logiquement comme un album-charnière.
On pourrait dire tout cela.
On n’en aura pas expliqué pour autant la beauté de chansons somnambuliques (
« We Walk » ou
« Perfect Circle », sublimes ballades sous la lune), la grâce de mélodies tombées du ciel (
« Shaking Through »,
« Sitting Still »), le mystère d’une production nimbée d’un halo de brouillard. Le mieux est donc encore de se taire, de réécouter l’album, et d’en tomber, une fois de plus, amoureux.
Thibaut Losson - Copyright 2012 Music Story