Viktor Ullmann est en 1898 à Teschen (Ceský Têsín), Empire austro-hongrois (République tchèque). Issus de familles juives, ses parents s'étaient convertis avant sa naissance à la religion catholique. Son père Maximilian put, en tant que juif converti, entreprendre une carrière d'officier et, pendant la Première guerre mondiale, il devint colonel et fut anobli. Viktor fréquenta à partir de 1909 un lycée de Vienne en Autriche. L'inclinaison de Viktor pour la musique le rapprochèrent assez tôt d'Arnold Schönberg (1874-1951). Dès la fin de ses études, il accomplit volontairement son service militaire et, après son affectation sur le front italien, une autorisation de poursuivre ses études lui fut accordée pour commencer des études de droit à l'Université de Vienne. Début octobre 1918, il fut également accepté dans le cours de composition de Schönberg où il étudia la forme, le contrepoint et l'orchestration. En mai 1919, il quitta Vienne pour Prague, où il eut pour professeur Alexander von Zemlinsky (1871-1942). En 1923, il commença une série de compositions qui encontrèrent un vif succès, succès qui durera jusqu'à l'entrée des nazis en Tchécoslovaquie, en 1938. Ullmann fut déporté au camp de concentration de Theresienstadt en 1942 ; en 1944, tout comme David Beigelman (1887-1945), Carlo Taube (1897-1944), Pavel Haas, (1899-1944), Hans Krása (1899-1944), Adolf Strauss (1902-1944), Ilse Weber (1903-1944), Karel Svenk/Schwenk (1907-1945), Karel Ancerl (1908-1973) ou Gideon Klein (1919-1945), il fut transféré de Theresienstadt au camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau, où il est mort.
Jusqu'à sa déportation à Theresienstadt, l'aeuvre de Ullmann comporte 41 opus, et comprend en particulier quatre Sonates pour piano, une Sonate pour violon et piano, une Sonate pour clarinette et piano en quarts de ton, un Trio pour instruments à vent, deux Quatuors à cordes, un Octuor, une Rapsodie slave pour saxophone et orchestre, un Concerto pour piano, une Fantaisie symphonique, une Sinfonietta, une Symphonie lyrique pour ténor, baryton et orchestre, les Opéras « Peer Gynt » d'après Ibsen et « Der Sturz des Antichrist », une Messe symphonique pour soli, chaeur et orchestre, ainsi que des Lieder. A Theresienstadt, il a en particulier composé trois Sonates pour piano, un Quatuor à cordes, la musique de scène pour une pièce de Francois Villon créée à Theresienstadt le 20 juillet 1943, l'Opéra « Der Kaiser von Atlantis », ainsi que plusieurs Lieder.
Pavel Haas est né en 1899 à Brünn (Brno), Empire austro-hongrois (République tchèque). Pavel Haas reçut sa première éducation musicale à 14 ans à Brünn puis, de 1919 à 1921, il étudia la composition au Conservatoire de Brno avec Jan Kunc (1883-1976) et Vilém Petrzelka (1889-1976), avant de passer deux années à l'école de musique de Leos Janácek (1854-1928). Assez critique vis-à-vis de lui même, Haas a accordé un opus à seulement 18 des 50 oeuvres qu'il a composé en vingt ans, les considérant comme achevées. Sa musique, qui puise ses racines en Bohême et en Moravie, est parfois colorée de mélodies hébraïques. D'origine juive, Pavel Haas fut déporté au camp de concentration de Theresienstadt en 1941 ; en 1944, il fut transféré au camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau, où il est mort.
Parmi les oeuvres majeures de Haas, on peut noter une Suite pour piano, une Suite for hautbois et piano, trois Quatuors à cordes, un Quintette à vent, « Fata morgana » pour quintette avec piano et ténor solo, sur des paroles de Rabindranath Tagore, « The Chosen One » pour ténor, flûte, cor, violon et piano, sur des poèmes de Jiri Wolker, le « Scherzo triste » pour orchestre, une Symphonie, inachevée mais complétée en 1994 par Zdenek Zouhar (né en 1927) en respectant son style, l'Opéra « The Charlatan », le « Psalm XXIX » pour baryton, choeur féminin, orchestre de chambre et orgue, « Carnival » pour choeur masculin, sur un texte de Dalibor Chalupa, « Six Songs in Folk Tone » pour soprano et piano, orchestrées en 1938, « Three Songs » pour soprano et piano, sur des textes de Josef Svatopluk Machar, « Chinese Songs » pour alto et piano, sur des textes de Kao Shi, Tsui Hao et Thu Fu, des musiques de film, ainsi qu'au moins huit oeuvres écrites à Theresienstadt, mais dont ne nous sont parvenues que « Do Not Lament » pour choeur masculin, sur des paroles de David Shimoni, une Etude pour orchestre à cordes, « Five Songs on Chinese Poetry », sur des poèmes de Wei Jing-wu, Wang-wei, Tchang Tiou-ling et Han I, ainsi que « The Advent » pour mezzo-soprano, ténor et quintette.
Gideon Klein est né en 1919 à Prerov, Tchécoslovaquie (République Tchèque). Il commença l'étude du piano à onze ans avec Ruzena Kurzova, et donna son premier concert à 14 ans. En 1938 il se rendit à Prague, où il fréquenta la Masterclass de piano de Vilém Kurz (1872-1945). Il poursuivit en parallèle des études de théorie musicale, et obtint son diplôme en 1939. Il fut ensuite l'élève d'Alois Hába (1893-1976) pour la composition, et étudia la musicologie à la faculté de philosophie de l'Université Charles à Prague. L'occupation nazie en 1940 mit fin à ses études : sélectionné pour jouer le Concerto pour piano de Dvorak à l'occasion du centième anniversaire du compositeur, il avait également reçu une bourse pour étudier à la Royal Academy of Music de Londres, mais dut renoncer à ces deux opportunités, et ne put dès lors plus jouer en public que sous le pseudonyme de Karel Vranek - les lois de Nuremberg interdisant aux artistes juifs de se produire en public. Gideon Klein fut déporté au camp de concentration de Theresienstadt en 1941, puis au camp de concentration d'Auschwitz-Birkenau en 1944, et de là transféré au camp de concentration de Fürstengrube, une installation annexe d'Auschwitz, où il est mort en janvier 1945.
Pendant ses trois années de détention à Theresienstadt, Gidéon Klein a composé plusieurs aeuvres et a travaillé en étroite collaboration avec Viktor Ullman pour animer la vie culturelle du camp. Les aeuvres de Gideon Klein ont été sauvées par son amie Irma Semecka, à qui il les avait confié peu avant son transfert vers d'Auschwitz-Birkenau ; les manuscrits furent ultérieurement remis à sa soeur Lisa, qui avait survécu à Auschwitz. Des oeuvres écrites antérieurement à sa déportation, on peut noter, par ordre de composition, « Quatre phrases pour quatuor à cordes », un « Divertimento » pour octuor à vent, un « Duo dans le système de quart ton » pour violon et alto, les « Trois Lieder » Op. 1 sur des poèmes de Johann Klaj, de Friedrich Hölderlin et de Johann Wolfgang von Goethe, le Quatuor à cordes Op. 2 et un Duo pour violon et violoncelle, inachevé ; ses principales compositions en captivité sont, toujours par ordre d'écriture, le Madrigal « Sag Tod » sur un poème de François Villon dans une traduction tchèque de Otokar Fischer, la « Fantaisie et Fugue pour quatuor à corde », des arrangements d'air populaires tchèques et russes, une « Fantaisie et fugue pour quatuor à cordes », l'arrangement d'une berceuse hébraïque pour Choeur de femmes, une Sonate pour piano et un Trio à cordes.