Amazon.fr
Cet album constitue le zénith de la période expérimentale de Depeche Mode. Plus empreinte de gothique que de techno, la musique du groupe anglais est encore fortement marquée par la charismatique et dramatique voix de baryton de David Gahan, si caractéristique du groupe. "Pimpf" est le titre le plus expérimental, une chanson dans laquelle on retrouve une émulation de choeur russe. Même s'il est beaucoup trop lent pour être dansable, l'impérieux "Never Let Me Down" est certainement le meilleur single de l'album, suivi de près par "Strangelove" et son refrain qui rentre facilement dans la tête. Chaque chanson est une oeuvre louable, les singles laissant la place aux titres plus expérimentaux, donnant à l'album une unité dans la schizophrénie.
-- Beth Bessmer
Critique
Un an après la sortie de
Black Celebration,
Music for the Masses (28 septembre 1987) fait l’effet d’une bombe ; rien que le nom anticipe sur le succès « massif » de cet album. Il n’est d’ailleurs pas dénué d’une certaine ironie puisqu’il vise surtout à insister sur le fait que ce n’est pas parce que le groupe commence à jouir d’une certaine popularité qu’ils vont pour autant cesser d’être des têtes chercheuses et servir une musique toute simple et prête à être consommée. Sans pour autant mettre leurs thèmes de prédilection de côté (sexe et religion), Depeche Mode fait de
Music for the Masses un opus placé sous le thème de l’expérimentation. Et pourtant, les hits vont s’enchaîner les uns derrière les autres, et devenir de vrais classiques. Musicalement, Martin Gore nous offre l’immensité de son répertoire, en grand amateur de rock, de jazz, de blues qu’il est. C’est avec de nouvelles sonorités que démarre l’album avec
« Never let me down again », chanson un peu pop empreinte de la noirceur du chant de Dave Gahan, puis
« Strangelove », très électro-pop sensuelle dansante. Toute une palette sentimentale est passée en revue, allant du côté intimiste (avec
« The things you said » - un spleen morbide aux sonorités de cristal et aux glockenspiel sublimes -
« I want you now »), à la mélancolie (
« Little 15 » et
« Pimpf » avec des effets dramatiques dignes de la musique classique qui emploient des sonorités de piano, cordes et chœur), en passant par un esprit orienté davantage rock (
« To have and to hold »,
« Nothing »), préfigurant ainsi la future évolution du groupe.
Martin Gore combine ici avec talent les structures complexes, fouillées en matière de son (samples orchestraux, rythmes à base de respiration, bruits, quelques accords de guitares plus hard…). Bref, une vraie leçon de songwriting intelligent et sensible, même pour les réfractaires aux sons synthétiques. Encore très moderne et même si cet album a presque vingt ans d’âge, les effets du temps ne se montrent pas du tout.
Angélique Fouret - Copyright 2012 Music Story