Premier album pour ce jeune New Yorkais, Music For Tourists atteint enfin les rivages grâce à l'action de Fargo.
Cet album est merveilleux, tout en émotion, qui prend l'auditeur pour ne plus le lâcher.
Soutenu par son piano dont il joue à merveille, et aussi parfois un violoniste, Chris Garneau incarne une forme de pop soyeuse et romantique, mais qui ne tombe jamais dans la mièvrerie ou la (relative) mollesse de Damien Rice.
Sa voix est d'ailleurs moins affirmée que celle de l'Irlandais, mais bien loin d'être un désavantage, elle permet au jeune songwriter d'accentuer la sensation de fragilité de sa musique.
Le morceau qui ouvre le disque, "Castle Time" illustre bien ce sentiment de confort dans l'équilibre émotionnel instable des chansons : piano faussement enjoué, violon ludique qui se durcit, et cette voix qui vous colle des frissons aux premières paroles.
Sur "Relief", la batterie en fond accentue paradoxalement le côté intimiste de la chanson, accentué par ce violon triste mais contrebalancé par les montées de la voix...
Et sur "Black And Blue", difficile de croire qu'un simple "Ho Ho" porté par un piano puisse toucher aussi juste, et être aussi sincère.
Et tout le reste du disque est du même tonneau, sans jamais lasser car Chris Garneau varie juste ce qu'il faut dans les atmosphères de ses chansons pour que l'auditeur reste captivé, ému par ces mélodies soyeuses, et qui font tant de bien en disant parfois des choses si tristes...
"Baby's Romance" (absolument déchirant), "So Far", le très court "Hymn" ou encore "We Don't Try", impossible de prendre en défaut le songwriting du New Yorkais : quand la gorge se noue à chaque morceau, alors on est sûr que l'on tient un artiste de grand talent.
Il en a tellement qu'il peut reprendre "Between the Bars" d'Elliott Smith et de la transcender (à mon avis), avec ce piano et sa voix qui semblent à tout moments sur le point de se briser. De là où il est, le regretté Américain a sûrement apprécié : la relève est là.