Conlon Nancarrow était je crois à peu près inconnu en Europe quand Gyorgy Ligeti fit part de son admiration pour l''auteur des Etudes pour piano mécanique, et en revendiqua l''influence sur ses propres études pour piano (voir la notice des Etudes jouées par Pierre-Laurent Aimard
Ligeti: Works for Piano).
Né dans l''Arkansas, Nancarrow (1912-1997) avait en particulier reçu l''enseignement de Roger Sessions. Il alla ensuite participer en Espagne à la lutte antifranquiste. Las des tracasseries de l''administration américaine à son retour dans son pays (il était classé « rouge »), il choisit de passer la frontière et de s''établir au Mexique (1940).
Nancarrow est l''antidogmatique par excellence, le bricoleur qui invente des solutions ad hoc et fuit l''esprit de système.
Encore faut-il avoir du métier et du flair. Cette collection de pièces s''ouvre par la Pièce n°1 pour petit orchestre (1943) : en sept minutes, on est en présence d''une assimilation très originale du jazz, qui a un parfum bien à elle et évite tous les clichés que ce genre de référence suggère.
La quatuor à cordes n°1 (1945) dépasse le néo-classicisme par ses jeux de rythmes, et son énergie brute, caractéristique de son auteur.
Troisième pièce de résistance de ce disque assez court, mais bien interprété, la plus tardive Pièce pour petit ensemble n°2 (1986). Oeuvre dense, à la fois riche et ludique, elle parle avec un fort accent américain, et peut réunir les amateurs de Copland, de Stravinsky, comme du Ligeti tardif.
Marginal et farouchement indépendant, Nancarrow a acquis avec le temps le statut d''une figure-culte.
Il était, assurément, un excellent compositeur.