Issu de trois légendaires microsillons 33 tours, ce double-album déploie un panorama vocal sur l'évolution du genre sacré et profane à la fin du moyen-âge.
Le style polyphonique de l'école de Notre-Dame est représenté par ses deux figures majeures : les organa à deux voix de Léonin et à quatre voix de Pérotin, dont l'étonnant « Sederunt Principes ».
Dans ce sillage, les motets du début du XIII° siècle ici entendus se structurent en triplum, duplum et tenor (jouant le rôle de refrain), sur des sujets religieux ou profanes, comme le « On parole de batre » qui vante les plaisirs de Paris.
Cet Ars Antiqua gagna encore en imagination et en liberté rythmique avec l'Ars Nova illustrée par Philippe de Vitry, émancipée de la mesure ternaire du « tempus perfectum » médiéval.
Avec les motets poétiques de Guillaume de Machaut (sublime « Lasse ! comment oublieray »), ce programme s'achève devant les portes de la Renaissance, qui se poursuivra par l'Ars Subtilior des Ballata de Francesco Landini ou les polyphonies des chantres franco-flamands.
Ce superbe récital enregistré en 1975 fut un des derniers disques de David Munrow, disparu l'année suivante à l'âge de trente-trois ans alors que sa carrière déjà bien remplie l'affirmait comme un des plus assidus et dynamisants communicateur de la musique ancienne.
Le livret du CD souligne l'importance du Early Music Consort of London dans la discographie de ce répertoire qu'il interprétait avec éloquence, spontanéité et chaleur, le rendant vivant et accessible même au public qui n'en est pas familier.
A l'instar des témoignages gravés par le Studio der frühen Musik de Thomas Binkley, et nonobstant les progrès de la recherche musicologique qu'il ont d'ailleurs vivifiée, l'ardeur et la franchise de ces témoignages s'écoutent toujours avec le même plaisir et se recommandent prioritairement comme fondement de toute CDthèque consacrée à l'époque médiévale.
Dans la même esthétique interprétative, vous pouvez compléter ce coffret par les albums
Music Of The Crusades et
Festival de Musique Ancienne qui constituent un amont et aval chronologique au répertoire ici entendu.
A noter que le livret reproduit le texte original des chants, en Latin et vieux Français non traduits, mais accompagné d'un glossaire pour aider à la compréhension. Les sources des manuscrits et les facteurs d'instruments sont aussi référencés, attestant le sérieux éditorial de cette collection "Archiv".